Hostiles : miroir du présent de l’Amérique

Hostiles : miroir du présent de l’Amérique

De temps à autre, surgit un western, nouvel avatar de l’Americana, et assez bon baromètre de l’évolution du regard des Américains sur leur histoire.

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 18 avril 2018

Par Philippe Arnaud, professeur de cinéma à Bordeaux

Hostiles s’ouvre et se clôt (presque) sur deux massacres également absurdes, cruels, barbares ; le premier est commis par des Comanches, le second par une famille de colons. Entre les deux, Scott Cooper coche (trop ?) toutes les cases du rite cinématographique westernien : un héros au passé violent devenu convoyeur dans des paysages grandioses rappelant les images du réalisateur Anthony Mann, des soldats pris entre sens de l’honneur militaire et humanité face aux Indiens à la manière des grands westerns réalisés par John Ford, une noirceur crépusculaire façon Eastwood dans Unforgiven…

La loi du talion supplante le Christ

Cooper met face à face deux ex-massacreurs, le capitaine Blocker et le chef cheyenne Yellow Hawk. On est en 1892, et le premier est contraint de convoyer le second, qui est en phase terminale de cancer, jusqu’au Montana. Il n’y a plus rien d’épique dans le western contemporain, rien qu’un monde tragique et désolé. « Oui. Mais Dieu ferme les yeux sur ce qui se passe ici depuis longtemps », répond Blocker à Rosalee Quaid qui lui demande s’il est croyant. Elle, qui a vu massacrer son mari et ses enfants par les Comanches, lui répond espérer que sa souffrance la rapproche de Lui. Rare allusion au Christ dans un monde dominé par la loi du Talion comme par celle du plus fort.

Dans ce film d’une lenteur aussi majestueuse que les paysages américains traversés, on ne parle guère, parce que ça ne sert à rien au royaume des guns. On attend la mort comme une délivrance enfin « définitive », une sentence irrévocable, dit Rosalee.

L’espoir murmure quand les armes se taisent

Peu à peu pourtant, sans rien se dire, dans le chaos des violences qui se succèdent et ne laissent aucun répit, le chef indien et le soldat se regardent, se respectent, acceptent le miroir qu’ils sont l’un pour l’autre. « Vous êtes en moi maintenant », dit une Indienne de la famille du chef à Rosalee. « Une part de moi meurt avec vous », dit (sauf erreur) Blocker à Yellow Hawk.

In fine, c’est aux Indiens qu’il est donné de voir et de fouler la terre promise. Et c’est autour d’un orphelin indien que le soldat rend les armes et que le couple blanc se réunit, en silence. Un humanisme douloureux, désespéré, envers et contre tout, un mince espoir, quand les armes enfin se taisent.

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