C’est à travers un très intéressant documentaire intitulé Instagram, la foire aux vanitésdisponible gratuitement sur la plateforme Arte, que les deux auteurs Olivier Lemaire et Nicolas Combalbert reviennent sur la genèse de l’application, retracent son histoire et décryptent la puissance de ce réseau social qui, d’une certaine manière, peut transformer notre rapport au réel. 

Car chaque jour, 100 millions de vidéos et de photos sont publiées sur Instagram. Le réseau social ne compte pas moins de 2 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois. À l’origine, l’application, lancée en 2010 par Kevin Systrom et Mike Krieger, deux étudiants de l’université de Stanford, était le rendez-vous des hipsters et a explosé grâce à l’invention de filtres traitant les photos afin de les rendre bien plus belles. Puis, deux ans plus tard, elle a été rachetée par le géant Facebook et son patron Mark Zuckerberg, à l’affût d’un énorme coup, pour la somme d’un milliard de dollars. 

“Support militant”

Aujourd’hui, Instagram n’est plus réservé aux cercles des gens branchés. La publicité est partie intégrante de l’application : place désormais au marketing d’influence. La plateforme est un gigantesque centre commercial où les marques se tournent vers des influenceurs et influenceuses, suivis par des milliers, centaines de milliers, millions voire centaines de millions de personnes, pour promouvoir leurs produits. Mais derrière Instagram, ou ce monde (en façade) du beau ultra standardisé, se cache une réalité plus sombre : l’anxiété et la dépression grandissantes chez les plus jeunes notamment, perméables à cette suresthétisation peu saine. Des conséquences que le documentaire tente de décrypter. 

Mais Instagram, la foire aux vanités expose aussi le militantisme que la plateforme abrite, des causes noires aux luttes LGBT. “L’idée n’était pas de faire un film manichéen, soit à charge sur Instagram. Nous n’avons pas eu besoin de commenter les discours troublants de certains des intervenants. Non seulement c’est au téléspectateur de se faire sa propre idée, mais encore, il ne faut pas oublier qu’on trouve aussi, sur Instagram, des choses intéressantes sur le plan de la création et de l’engagement politique”, explique Olivier Lemaire, dans une interview à Libération. Il estime que le réseau social “a aussi permis une pluralité dans la représentation des corps et nous avons pu assister à la naissance de comptes activistes. Alors oui, Instagram est une sorte de monstre tentaculaire impactant, mais c’est aussi un support militant pour bon nombre de communautés.”