Le méthodisme français

Le méthodisme français

Le méthodisme est mal connu dans le Sud-Ouest de la France, car il ne s’y est pas implanté. Pourtant tout le monde a entendu parler de John Wesley, ce prêtre anglican désireux de « réveiller » son Église.

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Publié le 31 janvier 2017

Auteur : Jean-Louis Prunier

Le méthodisme est peu connu en France. Pourtant, il aura évangélisé notre pays pendant plus d’un siècle, influençant de fait la théologie des protestants calvinistes, avant de s’unir à eux au sein de l’Église Réformée en 1939.

John Wesley (1703-1791) a connu la Révolution industrielle et son cortège de désordres sociaux. Contrairement à ses pairs de la High Church, il s’est penché sur les laissés pour compte d’une société en mutation, pour leur apporter l’espérance du salut en contrepoint de leur misère. À sa mort, le méthodisme est né, et est présent dans de nombreux pays (États-Unis, Antilles britanniques…). John Wesley n’est jamais venu en France. Il a juste fait un voyage sur les Îles de la Manche, britanniques mais francophones, en 1787. Cette année-là, c’est « l’Édit de tolérance » qui met un terme à un siècle d’inexistence du protestantisme français. En cette fin de 18e siècle, ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même, et la Révolution française le désorganise encore un peu plus. Les populations protestantes sont réduites à quelques poches régionales. De l’autre côté de la Manche, les méthodistes britanniques regardent alors la France comme une vraie terre de mission.

Une histoire

En 1791 arrive sur les côtes normandes un jeune prédicateur méthodiste de Jersey nommé William Mahy. Il se marie avec une française et est parfois le seul pasteur en Normandie, jusqu’à son départ en 1810. Puis le britannique Charles Cook (1787-1857) est envoyé à son tour en 1818. Il apprend la langue française à Caen, avant de sillonner le sud de la France et la Suisse romande en tous sens. Il s’installe dans la plaine de la Vaunage, entre Nîmes et Montpellier et, de là, rayonne. Il vient plusieurs fois à Montauban, fréquente les pasteurs Chabrand à Toulouse, et Gachon, à Mazères. À Montpellier, il rencontre le pasteur très calviniste Abraham Lissignol et, à Nîmes, il discute avec Samuel Vincent, qui détecte déjà en lui des tendances séparatistes. C. Cook fonde de petits groupes de méthodistes en Vaunage, dans la Drôme, à Lausanne et dans les Cévennes. Les missionnaires méthodistes qui le suivent continuent ce travail. En septembre 1852, cette mission méthodiste britannique en France devient Église indépendante non concordataire. Cette date marque la fin de la grande expansion géographique pour commencer une large et intense institutionnalisation dans le but d’inscrire le méthodisme dans le paysage protestant français. Mais les effectifs ne seront jamais très élevés (ils sont 2000 membres au maximum en 1870) et le déficit financier constant est tel qu’ils ne seront jamais vraiment indépendants de l’autorité britannique tutélaire. La guerre de 1914-1918 met un terme à tout espoir d’une possible réussite de la mission méthodiste en France, malgré de nouvelles implantations (à Nancy, à Thiers, ou des tentatives sans lendemain comme en Corse ou dans les deux Savoie). Les Britanniques reprennent alors le pouvoir sur leur poste missionnaire français, et l’oriente vers la fusion avec l’Église Réformée de France en pleine recomposition. Les méthodistes français, dans leur grande majorité (seules sept Églises du Midi ont refusé cette union) rejoignent l’Église Réformée de France en 1939.

Une théologie et une ecclésiologie

Les protestants français du début du 19e siècle sont calvinistes. Ils croient en la double prédestination, à la toute-puissance de Dieu face à la radicale impossibilité de l’homme à travailler à son propre salut. Wesley, et à sa suite le méthodisme, est arminien. Il croit que le salut de l’homme ne dépend pas du simple et éternel décret de Dieu (prédestination). L’homme est sauvé en acceptant dans son cœur la grâce de Dieu. Pour le méthodisme, donc, l’homme peut participer à l’œuvre de son salut. Suite à cet accueil en lui de la grâce et de l’Esprit, le méthodiste commence un chemin de sanctification, ou « entière perfection chrétienne » qui le fait vivre en Christ dans l’amour de son prochain. Ces deux théologies sont difficilement conciliables et les méthodistes français ont souvent été considérés par les calvinistes comme des « crypto catholiques ». » Mis à part ce point théologique, les méthodistes ont les mêmes caractéristiques que les autres Églises évangéliques : ils sont « biblicistes » et résolument christo-centriques. Leur ecclésiologie est de type sectaire, dans le sens de se couper du monde, et aussi de conserver un noyau de fidèles adeptes de la sanctification. Les cultes sont publics, mais seuls les membres sont admis à la Cène. Ce qui définit le membre est sa participation aux « classes » qui sont des rassemblements hebdomadaires d’une dizaine de personnes du même sexe, guidées par un directeur, où chacun expose le fond de son âme, ses manquements et ses succès moraux, ses espérances et ses moments difficiles. Ces « classes » sont directement inspirées du piétisme allemand, des « églises de maison » de Spener et, plus encore, des Banden du comte Nicolas de Zinzendorf. Petit à petit, toutefois, les méthodistes français se coulent dans le moule des autres Églises évangéliques et les « classes » perdent de leur importance. Pendant le 19e siècle, une caractéristique méthodiste se communique à l’ensemble des protestants français : l’arminianisme ! En effet, qui maintenant accepterait encore de croire en la double prédestination ? Notre foi commune est désormais tournée vers un Dieu aimant et en un sauveur, Jésus-Christ, venu de la part de Dieu pour sauver tous les humains. Mais les réformés français ne sont pas allés jusqu’à adopter la sanctification. Ce concept ressemble trop au salut par les œuvres du catholicisme du 19e siècle. Ils en sont restés à la simple affirmation de l’amour de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que ceux qui croient en lui ne meurent pas, mais aient la vie éternelle ». (Jean 3,16)

Un ferment

Les méthodistes français n’ont pas participé aux discussions sur la déclaration de foi de 1938. Mais ils l’ont adopté, toute faite, car elle était assez biblique. La nouvelle déclaration de foi de l’ÉPUF, qui se discute maintenant dans les synodes régionaux, se souviendra-t-elle de la composante méthodiste inscrite dans ses racines et en tiendra-t-elle compte ? Les méthodistes français, peu nombreux, très dispersés, ont fait fermenter le protestantisme français jusqu’au synode de 1872, puis l’ont accompagné jusqu’à sa réunification en 1939. Ils ont participé à notre histoire, ils ont orienté notre pensée théologique, ils ont droit à notre respect, et méritent notre souvenir reconnaissant.

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