Les séries reflètent nos préoccupations

Les séries télévisées parlent du religieux parce qu’il a réinvesti notre quotidien. Explications du sociologue Jean-Pierre Esquenazi, spécialiste de ce média pour petits écrans.

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Publié le 21 mars 2017

Auteur : Marie Destraz

Irruption

Le religieux investit l’espace public. Croyants ou pas, nous n’échappons pas à cette actualité. Pas étonnant alors qu’on retrouve le sujet dans les séries télévisées. Car depuis les années 1960, elles n’inventent rien, elles suivent le mouvement. « Elles happent et traduisent les préoccupations sociales des gens », observe le sociologue Jean- Pierre Esquenazi qui étudie les œuvres cinématographiques et télévisuelles et leur réception par les publics.

« L’épisode Patriot de la série Law & Order sorti en 2002 est d’ailleurs l’une des premières oeuvres de fiction sur le 11 septembre ! », relève-t-il. « Aujourd’hui, recourir à la religion dans les séries est un bon moyen de poser des questions sur notre époque, c’est un bon médium et non un prétexte. Le langage qui y est utilisé est le nôtre, les références sont communes à notre société judéo-greco-chrétienne et démocratique. »

Crise démocratique

Le fait religieux est aussi revenu dans l’espace public parce que nous croyons de moins en moins en la démocratie, observe le sociologue. « Depuis quinze ans, le sacré réapparaît dans la sphère politique. » La laïcité, les signes religieux ostentatoires entre la tradition et la revendication, l’islam ou encore Daesh, sont autant de questions qui occupent le devant de la scène médiatique et politique. On assiste aussi à un raidissement des communautés et au retour d’une religion dure et moins tolérante.

Et c’est l’avancée des extrêmes. Le sociologue prend pour exemple la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, et son utilisation absolue du mensonge en politique. En France, il note le besoin d’exigence morale, qui s’exprime avec la victoire de François Fillon et de ses valeurs chrétiennes, même si le Pénélopegate est venu court-circuiter l’image du candidat. « Nous faisons face à une redéfinition d’un espace spirituel et de pensée, car notre société est en quête de sens et de spiritualité. »

Création de sens

Si l’objet télévisuel est tributaire du contexte, « une série est à l’image de son créateur et non de son pays », précise Jean-Pierre Esquenazi. Quant à sa réception, le public n’est pas un, mais pluriel.

Il est fait de personnes aux multiples facettes, qui donnent du sens à ce qu’ils perçoivent. Et le religieux renvoie chacun à ses convictions. A l’image des deux séries The Young Pope et Ainsi soient-ils, loin de faire l’unanimité dans l’Eglise catholique et chez les fidèles, alors même que la série française a été largement récompensée dans des festivals.

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Edition Genève du mois de mars 2017

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