monde culturel

Rien ne remplace la culture

Le manque de visibilité sur la réouverture des lieux de culture est une angoisse permanente. Entretien avec Olivier Arnera, acteur et fondateur de la Sketch’up compagnie.

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Publié le 6 mai 2021

Auteur : Nicolas Boutié

Olivier Arnera, comment vivez-vous cette situation ?

La fermeture des lieux de culture est un véritable traumatisme pour tous les acteurs de ce secteur. Pour ceux qui traversent cette catastrophe, c’est un traumatisme psychique qui atteint leur raison d’être. Aujourd’hui, une centaine de théâtres sont occupés, des artistes, des troupes pensent à arrêter leur métier et cherchent du travail ailleurs. Le climat est anxiogène, il occupe les esprits en permanence. Si le premier confinement a été vécu comme une forme d’espoir de résurrection, la suite des événements est une désespérance.

Martin Luther King disait : « avoir la foi, c’est monter la première marche même quand on ne voit pas tout l’escalier ». C’est ce que nous essayons de faire. Notre spectacle Écolo Swing était prêt à partir en tournée et il en est à ce jour empêché. Nous avons organisé sa diffusion par internet à l’aide d’une captation vidéo. C’est une solution, mais elle n’est pas pérenne.

Espérons que le monde de la culture ne se fera pas happer par l’industrie du numérique ! Le plus important, c’est le partage, rien ne peut remplacer la véritable rencontre entre l’acteur et son spectateur.

Lieux de culture fermés, lieux de culte ouverts, n’y-t-il pas une forme d’injustice ?

N’opposons pas un secteur à un autre. Cette crise est aussi une tragédie pour les étudiants, le tourisme et bien d’autres secteurs d’activités. Il faut apporter une réponse solidaire. Pour ma part, je me situe à l’articulation même de la culture et du culte.

Sur le principe de la liberté de conscience, le Conseil d’État a permis la réouverture des lieux de culte. Il eût été souhaitable qu’il fasse de même pour les lieux culturels. Cette séparation culte/culture est préjudiciable pour tout le monde. Je ne saurais vivre au service d’une seule de ces activités. Je crois profondément que le cultuel sans la culture produit des effets de fermeture, et que la culture sans le cultuel produit des effets d’inculture. Disons avec Malraux « on peut aimer que le sens du mot art soit : tenter de donner conscience à des hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux ». L’être humain est un être de culture, toucher à la culture, c’est toucher à l’humain.

Est-ce que le monde de la culture se relèvera de cette crise ?

Malgré la situation actuelle, je vois des signes d’espérance. En particulier, une relation renouvelée entre le culturel et le cultuel. Dans beaucoup d’Églises (en particulier de l’Église protestante unie de France), il y a de vraies rencontres avec les acteurs culturels pour entrer dans de nouvelles formes vivantes de collaboration.

Des musiciens, des comédiens pourraient utiliser plus facilement les temples. Ils le font déjà d’ailleurs… Et puis, si on se replonge dans la Bible, après chaque grande catastrophe, il y a un renouveau, une libération prometteuse. Ainsi, après les plaies d’Égypte, arrive la libération du peuple juif. Il faudrait que ce temps de crise soit un temps de résilience, de résurrection personnelle et collective. Que l’on trouve le moyen et l’envie d’inventer de nouvelles façons de faire société.

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