Apokalypsy, une église postcoloniale malgache

Apokalypsy, une église postcoloniale malgache

A Madagascar, le christianisme postcolonial donne naissance, depuis un demi siècle, à de nombreuses églises qui n'appartiennent pas aux réseaux confessionnels familiers des Européens.

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Publié le 17 août 2019

Auteur : Sébastien Fath

L’Eglise Apokalypsy, fondée par le pasteur André Mailhol, en est un bon exemple.

Issu des milieux adventistes, le pasteur Mailhol a mis en place, à partir de 1993, des groupes d’étude sur le livre de l’Apocalypse, jugé trop négligé par les autres Eglises. Un premier culte a lieu en 1996 à Antananarivo. Il donne naissance à « l’Association des étudiants du livre prophétique de la bible », rebaptisée Fikambanana Apokalypsy eto Madagasika (2003). Surtout connue, pour l’instant, pour l’interventionnisme du pasteur Mailhol sur la scène publique (il s’est présenté aux élections présidentielles), cette église Apokalypsy présente aussi, dans sa vie spirituelle et ses pratiques rituelles, des caractéristiques originales, plébiscitées par de nombreux malgaches. Elles sont notamment imprégnées des traditions revivalistes malgaches (Fifohazana) et d’autres emprunts ou réadaptations de principes vétérotestamentaires.

Depuis sa naissance, cette église sabbatarienne malgache a connu une croissance importante. Un documentaire d’Arte, en 2010, évalue ses membres à 500.000. Un autre documentaire France 2, diffusé en décembre 2018, parle ensuite de 2 millions de membres ! Les réalités du terrain observables en 2019 inclinent plutôt à une estimation entre 500.000 et 800.000 fidèles. Ce qui reste considérable pour une église d’à peine 20 ans ! Une visite un samedi de juillet 2019 lors du culte tenu à la megachurch de Ambohimarina a permis d’assister à une partie du culte (qui dure toute la journée). Au menu : chants, chorégraphie, lectures bibliques, annonces, prières, prédication alternant versets bibliques et enseignements concrets ancrés dans la vie quotidienne des fidèles. Une séance de prière de délivrance, avec aspersion (abondante) d’eau sur les fidèles qui se sont avancés conclut la rencontre. Plus de 2000 Malgaches sont rassemblés sous de vastes toits de tôle, assis à même le sol sur un grand foulard étendu sur la terre battue. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, sans division étanche. Au terme de la rencontre, l’occasion est donnée d’échanger quelques questions avec Daniel, aimablement venu traduire en français l’enseignement transmis en malgache.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Daniel, je suis devenu « ancien » de l’Eglise Apokalypsy. Je suis par ailleurs professeur à la faculté de sciences à Antananarivo, et c’est un plaisir pour moi de pouvoir traduire en français ce culte.

Quel a été votre parcours spirituel, en quelques mots ?

Je viens, au départ, de l’Eglise FJKM (la plus grande Eglise protestante de Madagascar, ndlr). Mais je n’étais pas très satisfait de ce qui m’était proposé du point de vue biblique et du point de vue de la vie chrétienne. Alors, j’ai approfondi les choses de mon côté. J’ai rejoint un groupe malgache d’étude de la Bible, pendant plusieurs années, qui avait des liens avec la France, et les Etats-Unis. Je me passionnais en particulier pour l’Apocalypse et la question de la fin des temps. Et puis, je suis tombé un jour sur les prédications et les enseignements du pasteur Mailhol, grâce à la radio. Il avait déjà fondé depuis plusieurs années l’église Apokalypsy à Madagascar. Lorsque j’ai pu écouter ces enseignements sur l’Apocalypse, je me suis aperçu que cela correspondait très bien à ce que je cherchais. Je me suis alors rapproché de cette Eglise, et j’en suis devenu membre.

Quelles sont les principales croyances de l’Eglise Apokalypsy ?

Notre Eglise défend l’enseignement de Jésus-Christ, appelle à vivre une vie sainte, pieuse, délivrée des influences mauvaises. Nos cultes se déroulent le samedi car nous comprenons que le jour du Seigneur, selon la Bible, c’est bien le samedi, et pas le dimanche. Les réunions se déroulent de 9H30 du matin à 18H, avec une prédication / exhortation le matin à partir d’un texte de la Bible, prières, louanges, annonces. Et l’après-midi, on termine par un enseignement spécifique sur l’Apocalypse. Nous mettons beaucoup l’accent sur l’Apocalypse, texte que les chrétiens ont trop négligé. Ce livre nous révèle comment réagir dans ces temps où l’on voit approcher la fin. Aujourd’hui, par exemple, l’enseignement de l’après-midi a porté sur l’église de Thyatire. Pour le prédicateur, qui était de visite ici à Antananarivo (le pasteur Maihol, fondateur d’Apokalypsy, était quant à lui en déplacement dans une autre Eglise de l’île, ndlr), l’Eglise catholique de Madagascar fait penser à l’Eglise de Thyatire, l’une des sept Eglises de l’Apocalypse. Une Eglise qui fait fausse route. Dieu par son Esprit nous enseigne à distinguer les choses, et à construire une Eglise fidèle à l’enseignement de Jésus-Christ. C’est ce que nous cherchons à faire à Apokalypsy. La prédication que l’on vient d’entendre a beaucoup parlé aussi de la vie quotidienne, et de l’importance de placer Dieu au centre de nos relations, nos familles, le couple.

Pourquoi les fidèles sont-ils habillés en blanc et en bleu ? Y-a-t-il une signification particulière?

Nous avons eu cette révélation assez récemment, elle s’est confirmée autour de 2013, même si nous utilisions ces couleurs avant. Le blanc et le bleu sont des couleurs importantes dans la Bible, et le Saint-Esprit nous a confirmé qu’il s’agissait des couleurs souhaitables pour nous.

Il y a eu un processus de décision collective ?

Oui, le pasteur Mailhol n’est pas seul. Il s’est entouré d’un collège d’anciens et de spécialistes de la Bible, qui se réunissent souvent, prient, réfléchissent. J’en fais partie. Nous nous voyons, nous faisons un travail ensemble, pour approfondir. Nous cherchons les directions du Saint-Esprit. Et nous recevons progressivement des enseignements plus précis, qui nous permettent d’avancer dans notre projet d’Eglise au service de Madagascar.

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