Burkina Faso : la place des protestants dans le paysage religieux

Burkina Faso : la place des protestants dans le paysage religieux

Après une journée de violences à Ouagadougou entre manifestants et policiers, l'armée a annoncé,  jeudi 30 octobre 2014,  l'instauration d'un couvre-feu sur l'ensemble du territoire.

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Publié le 31 octobre 2014

Auteur : Sébastien Fath

A l’inverse de ce qu’on observe dans plusieurs pays voisins, la variable religieuse ne joue quasiment aucun rôle dans les affrontements qui secouent ce pays francophone d’Afrique sub-saharienne.
Les troubles et violences qui ont conduit à l’état d’urgence n’ont pas de caractère confessionnel. Ils sont directement liés à la crise politique provoquée par la tentative du président, Blaise Compaoré, de s’accrocher au pouvoir en dépit d’un interdit constitutionnel. Ce qui n’empêche pas les protestants, parmi d’autres, d’être extrêmement vigilants. Mais combien sont-ils, et dans quel paysage religieux s’insèrent-ils au Burkina Faso?

Ancienne colonie française, actuellement habitée par environ 17 millions de personnes, le Burkina Faso compte parmi les dix pays les plus pauvres de la planète selon l’indice de développement de l’ONU. Il a été christianisé en priorité par les catholiques, notamment au travers de la figure de Monseigneur Thevenoud (1879-1949), premier évêque des Mossis. C’est à ce père blanc qu’on doit la construction de la première cathédrale du pays, alors appelé Haute Volta. Cette christianisation, à laquelle les protestants ont peu à peu contribué en emboîtant le pas des pères blancs, s’inscrit dans un paysage religieux préexistant où l’Islam domine, sur fond de croyances et pratiques animistes très répandues.

Entre 8 et 10% de protestants ?

Le Burkina Faso contemporain porte la marque de cet héritage. Le dernier recensement disponible, celui de décembre 2006, indique que 61% de la population pratique l’Islam, très majoritairement de la branche sunnite. Les orientations wahhabites (les plus radicales) y sont très peu populaires. L’État estime par ailleurs que 19% de la population serait catholique, tandis que 15% adhérerait exclusivement à des croyances indigènes. Enfin, on relèverait 4% de la population rattachée à diverses confessions protestantes. La proportion des protestants au Burkina Faso ne serait donc guère supérieure à celle des protestants en France ? C’est sans doute aller vite en besogne. Car au cours des quinze dernières années, l’essor évangélique a modifié la donne. En 2010, la population protestante évangélique était ainsi estimée en réalité à 8,9% de la population, soit près d’1,5 millions de personnes (1). Une estimation approchant les 10% de la population pour le total protestant (évangéliques ou non) n’est sans doute pas exagérée aujourd’hui, sachant que ces évaluations restent des ordres de grandeur.

Diversité et laïcité

Les musulmans résident essentiellement dans les régions frontalières du nord du pays, de l’est et de l’ouest. Quant aux chrétiens, on les retrouve plutôt au centre du pays. Ouagadougou, la capitale, se prévaut d’une population mixte de musulmans et de chrétiens qui vivent paisiblement côte à côte. Bobo-Dioulasso, la deuxième ville, est très majoritairement peuplée de musulmans. Sur les 63 ethnies différentes qui composent la mosaïque burkinabé, la quasi-totalité est religieusement hétérogène. Seuls les Peuls et les Dioulas sont presqu’exclusivement musulmans. Chrétiens, musulmans et animistes cohabitent et travaillent ensemble sur la base d’une culture de la tolérance réciproque largement répandue en Afrique de l’Ouest, teintée de laïcité post-coloniale (2) : le caractère laïque de l’Etat est en effet stipulé dans l’article 31 de la constitution du pays. Parmi les jours fériés figurent notamment le jour de la naissance du Prophète Mahomet, et le Lundi de Pâques.

Dans les affrontements actuels, si la constitution a été l’objet de discussions voire de mises en cause, cet aspect laïque du pays n’a pas fait l’objet du moindre débat. Les protestants, comme les autres acteurs confessionnels du pays, s’en accommodent d’autant mieux que le cadre constitutionnel permet une large liberté de culte et d’évangélisation.

(1) Statistique donnée par l’Atlas Operation World, 7e édition, IVP Books, Colorado Springs, 2010, p.177.
(2) Voir Gilles Holder et Moussa Sow, L’Afrique des laïcités. Etat, religion et pouvoirs au sud du Sahara, IRD et éditions Tombouctou, 2014.

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