Corée du Sud et francophonie protestante

Corée du Sud et francophonie protestante

Premier volet d'une série de cinq articles sur les liens entre Corée du Sud, poumon du protestantisme en Asie, et la France, patrie de Calvin.

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Publié le 9 octobre 2018

Auteur : Sébastien Fath

Quels liens entre la Corée du Sud et la francophonie protestante ? A première vue, aucun. Ce pays prospère d’Extrême-Orient n’appartient pas à la sphère de la francophonie. Il n’entretient pas non plus de relation, aussi ténue soit-elle, avec le passé colonial français. Le cours tumultueux de l’histoire coréenne contemporaine doit beaucoup aux Etats-Unis, et rien, ou presque, à la France. Et pourtant ! De nombreux Coréens visitent chaque année le Musée Calvin de Noyon, en Picardie, et tournent les regards vers le protestantisme français. A dater du 27 octobre 2017, Alexis Bisson signalait par exemple que 1463 touristes sud-coréens avaient visité la maison natale de Jean Calvin, “un phénomène qui prend de l’ampleur chaque année”[1]. Comment l’expliquer ? Trois facteurs permettent de comprendre ce relatif engouement coréen pour la francophonie protestante.

La première raison, et la plus importante, tient à l’évolution religieuse générale de la Corée du Sud contemporaine. La christianisation relativement récente du pays s’est caractérisée par une progression rapide du protestantisme, particulièrement dans ses versions calviniste et évangélique. Environ 25% des 51 millions d’habitants qui peuplent aujourd’hui la Corée du Sud sont protestants. Dont environ neuf millions de protestants évangéliques, souvent de sensibilité calviniste, mais aussi marqués par une certaine théologie de la prospérité…. Prospérité par le travail et éthique réformée font bon ménage en Corée du Sud. Or, la France n’est-elle pas le berceau du protestantisme réformé ? La patrie de Calvin ? En dépit de la distance, et des écarts théologiques, les liens d’une même communion protestante et réformée font leur œuvre.

La seconde raison tient dans le miracle économique sud-coréen. Marquée par une guerre civile particulièrement meurtrière, sanctionnée par une partition politique (1953) qui perdure au prix d’un déchirement national, la population de la Corée du Sud a conjuré ces temps d’épreuve par une énergie entrepreneuriale décuplée. Et une croissance économique continue, soutenue, conquérante, qui tend à exporter la réussite coréenne vers l’Europe, et la France en particulier.  Selon une estimation de Henri Chai, près de 2% de la diaspora coréenne totale vivraient aujourd’hui en France (soit entre 12 et 13% de la diaspora coréenne européenne). Troisième partenaire commercial de la France en Asie, la Corée du Sud a pris pied dans l’hexagone pour entretenir et développer des échanges prometteurs, qui n’ont cessé de croître depuis un premier traité économique franco-coréen de 1977. L’amitié France-Corée estime la population sud-coréenne en France aujourd’hui à environ 13.000 personnes, dont une grande majorité de jeunes, diplômés, avec une dominante féminine. Une diaspora peu nombreuse, mais très dynamique et  majoritairement parisienne.

Une troisième raison de la projection sud-coréenne vers la francophonie est sa culture très vigoureusement missionnaire. Les missiologues et sociologues des religions sont unanimes : la Corée du Sud, au prorata de ses habitants, envoie davantage de missionnaires que les Etats-Unis, pourtant traditionnellement réputés en la matière[2]. Cette dynamique missionnaire n’allait pas forcément de soi : le calvinisme strict, lorsqu’il valorise la double prédestination, n’encourage guère l’élan prosélyte ! Mais sa version sud-coréenne, teintée d’arminianisme évangélique (accent sur le choix individuel), se combine à merveille avec la discipline missionnaire. Avec un sens du défi et de la conquête ! La France constitue, de ce point de vue, un objectif privilégié : à la fois patrie de Calvin, mais aussi terre de sécularisation, elle est devenue l’une des destinations les plus prisées des opérations missionnaires sud-coréennes, sur la base d’une stratégie à deux étages : toucher la France afin de la réconcilier avec Calvin, et, au-delà, atteindre la grande francophonie.

[1] Alexis Bisson, “Noyon, une destination touristique dans le cœur des Sud-Coréens”, Le Parisien, 27 octobre 2017.

[2] Lire Pascal Bourdeaux et Jérémy Jammes (dir), Chrétiens évangéliques d’Asie du Sud-Est, Expériences locales d’une ferveur conquérante, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

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