portrait

Eric Célérier, pasteur de la francophonie

Missionnaire du web et pasteur français, Eric Célérier a fondé le grand groupe média internet du TopChrétien francophone en 1999 et n’a cessé, depuis, de repousser les frontières.

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Publié le 28 juin 2021

Auteur : Sébastien Fath

Missionnaire du web et pasteur français, Eric Célérier a fondé le grand groupe média internet du TopChrétien francophone en 1999 et n’a cessé, depuis, de repousser les frontières. Le christianisme du pèlerin et du converti (Hervieu-Léger), articulant recherche de sens et foi personnelle, s’est aujourd’hui enrichi d’un troisième marqueur : le connecté. A l’échelle de la vaste francophonie protestante, et même au-delà, Eric Célérier incarne, mieux que quiconque, ces mutations du XXIe siècle. 

Depuis 2016, son ministère transnational a pris un tournant, amplifié par les effets de la pandémie (2020-21). L’occasion de revenir sur le parcours d’un visionnaire. 

Né à Castres (Tarn), Eric Célérier a découvert le christianisme dans une famille catholique. C’est ensuite dans une Eglise protestante évangélique, à 18 ans, qu’il fait l’expérience d’une conversion marquante, avant de découvrir l’engagement chrétien actif dans le cadre de la campagne de l’évangéliste Billy Graham en France (1986). Marié à Muriel, avec laquelle il a trois enfants, il se décide à embrasser le ministère pastoral au sein des assemblées de Dieu (ADD, pentecôtisme). Après six ans de formation, le voilà en poste à Givors (Rhône, 1997). Il monte alors le site internet de l’église…. Ce « sixième continent » du Net allait devenir son champ de mission. 

Pionnier chrétien du web francophone (TopChrétien)

A partir de 1999, une nouvelle page s’ouvre dans son ministère, avec le lancement, le 15 juillet, du TopChrétien francophone. Les statuts sont déposés en 2000, année où est lancé le service « La pensée du jour ». Aujourd’hui bien connue, cette aventure était alors improbable. Qui aurait pu imaginer l’explosion du web ? En 2001, Alain Finkielkraut s’insurge dans un livre cosigné avec Paul Soriano contre « l’inquiétante extase » d’internet. Huit ans plus tard, le même auteur estimait encore que le Web, « c’est l’instrument privilégié du n’importe quoi« . Mais Eric Célérier ne l’entend pas de cette oreille. Il veut quant à lui faire d’internet « l’instrument privilégié »… d’une évangélisation tous azimuts, appuyée sur des supports numérique de qualité. Et ça marche. Son sens du contact, sa capacité d’organisation, son enthousiasme contagieux et son charisme de pionnier font mouche. Sa spiritualité est à la fois orientée vers l’annonce du kérygme (le salut en Jésus-Christ) et l’efficacité du Saint-Esprit (dans la lignée pentecôtiste et charismatique). Elle oriente ses choix et ses réseaux.

Avec une équipe élargie et l’appui indéfectible de son épouse, il fait passer le TopChrétien de microentreprise installée au fond d’un garage au rang de géant chrétien du web francophone…. et au-delà, puisque l’équipe missionnaire du TopChrétien, dès 2005-06, commence à traduire de plus en plus massivement ses contenus dans différentes langues. La francophonie reste largement dominante cependant, comme le souligne l’historien Pierre-Yves Kirchleger dans une étude consacré au web protestant : à dater de 2010, il relève que le Topchrétien attire alors, parmi ses membres inscrits, 37.223 membres de France, mais aussi 19.689 de Côte d’Ivoire, 6.850 du Cameroun, 6.812 du Canada, 4.010 de Belgique, 3.235 du Congo (1). Les chiffres sont délicats. Les anciens membres n’effaçant pas leur adhésion, comment savoir exactement ? Mais les ordres de grandeur restent : le projet TopChrétien est un succès, tantôt jalousé, tantôt copié dans la francophonie 2.0.

Connecteur de synergies chrétiennes transnationales (Jesus.net)

En 2009, sans changer fondamentalement, le ministère d’Eric Célérier atteint une nouvelle dimension avec le mise en place de l’alliance Jesus.net, créée aux Pays-Bas. Essentiellement française et francophone au départ, son entreprise missionnaire sur le web franchit un palier. Ouvert aux collaborations, prêt au saut dans l’inconnu, Eric Célérier tisse des liens d’un continent à l’autre. Il se fait connecteur de synergies chrétiennes transnationales. Avec l’aide de Jan-Willem Bosman, les déclinaisons linguistiques des sites ConnaîtreDieu.com (créés en 2005) se multiplient, et bientôt, la très puissante association BGEA (Billy Graham Evangelistic Association) crée un partenariat avec Eric Célérier sur le terrain de l’évangélisation directe par le Web. Eric Célérier rencontre Franklin Graham, le conseil d’administration de la BGEA, et… Billy Graham lui-même, qui lui aurait dit en novembre 2010 : « Merci Eric. Je trouve que c’est une excellente idée. Je crois qu’elle vient de Dieu et que nous devons la mettre en place. (…) Aujourd’hui nous devons utiliser internet. Allons-y » (2).

Le cap : atteindre 100 millions de personnes grâce aux nouveaux outils d’évangélisation diffusé via internet. Avec des moyens renforcés, l’alliance Jesus.Net n’a cessé, depuis, de croître en surface et en contenus, connectant des synergies chrétiennes de tous horizons au service d’une seule vision : proposer l’offre de salut chrétien au plus grand nombre avec les outils d’internet. Au risque de susciter la réserve croissante d’Eglises locales évangéliques avant tout préoccupées d’attirer de présence physique des fidèles, le fameux « présentiel » ? Eric Célérier encaisse les critiques, et plaide pour dépasser les antagonismes, soulignant la complémentarité virtuel/présentiel. En témoigne le festival de l’évangéliste américaine Joyce Meyer le 8 mai 2015 au Parc des Expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), dans lequel Eric Célérier s’implique en première ligne. 10.000 personnes s’y pressent en rangs serrés pour écouter la prédicatrice exhorter à « vivre pleinement sa vie » en recevant l’Evangile.

Pasteur de la francophonie (OnEstEnsemble)

C’est au cours de l’année 2016 qu’Eric Célérier entre dans une troisième phase de son ministère. Alors que l’alliance Jesus.net continue à se déployer, il s’impose alors comme un pasteur de la francophonie chrétienne, toutes Eglises confondues, bien au-delà des frontières évangéliques et protestantes. Trois événements à très fort impact marquent cette année en forme de point de bascule.

Le premier est le passage de relai à la tête du TopChrétien, dont il est le fondateur. Jusque-là à la tête de l’organisation missionnaire aux côtés de Stéphan Piauger et Michaël Foucault, Eric Célérier passe le flambeau, au cours de l’été 2016, à David Nolent, nouveau directeur, assisté par Carolle Leblond et Emmanuel Schulz. C’est un virage important, même si Eric Célérier ne cesse pas – loin de là – toute collaboration avec le TopChrétien.

Le second événement de l’année est la parution de son autobiographie, Connexions divines (Première Partie, 2016), qui retrace son parcours et détaille les étapes d’un itinéraire missionnaire sous le sceau de l’audace, de la foi. La sortie de ce livre soigné et stimulant marque les esprits, et fait mieux connaître, aux yeux du grand public, une figure attachante, un nouveau visage du christianisme, une autre manière de vivre la communion.

Le troisième événement qui marque 2016 comme une année pivot est sa participation active, comme intervenant, à la rencontre catholique charismatique de Paray-le-Monial (Saône-et-Loire), du 26 au 30 juillet 2016, à l’invitation de la Communauté de l’Emmanuel. Louis-Etienne de Labarthe, responsable de la communication de la Communauté, présente sa venue comme un « cadeau de Dieu » (3). De multiples passerelles de prière, de communion et d’évangélisation s’ouvrent à la suite de cette invitation.

La plate-forme des collaborations s’élargit : au-delà des mondes protestants, évangéliques, pentecôtistes, ce sont les univers catholiques, mais aussi orthodoxes (Mont Athos) qui s’ouvrent aux synergies kérygmatiques. Non sans incompréhensions, jalousies et malentendus. Mais le cap reste, et la pandémie Covid19, en 2020-21, ne fait que renforcer l’intuition d’Eric Célérier : proposer l’offre de salut chrétienne à la francophonie sans se formaliser des étiquettes. Plusieurs initiatives et projets en découlent. Le magazine annuel « Jésus » (lancé en novembre 2017) en fait partie, tout comme sa visite missionnaire à Madagascar, appuyée par les plus hautes autorités du pays. Le 22 avril 2019, il remplit le palais omnisport Mahamasina à Antananarivo. Après un concert (Rija Rasolondraibe), il mobilise des milliers de Malgaches et obtient la diffusion, en langue nationale, de « Un miracle chaque jour »(Fahagagana Isan’Andro) sur la radio d’Etat. La chaîne YouTube #OnEstEnsemble, lancée durant la pandémie, est un autre exemple de cette ouverture post confessionnelle qui s’exprime enfin par le lancement online en 2021 de courtes méditations quotidiennes en audio, « L’Evangile du jour », qui touchent indistinctement protestants, catholiques, sans étiquettes. Treize heures après sa mise en ligne, sa méditation du 24 juin 2021, intitulée « Etonnement », recueillait déjà 7300 vues et 316 commentaires. Pour beaucoup, au-delà des étiquettes confessionnelles,  Eric Célérier est suivi et regardé en pasteur de la francophonie chrétienne. Du point de vue de la sociologie wébérienne, il est tout autant prophète, détenteur d’une légitimité fondée sur un charisme personnel, à potentiel révolutionnaire, en tension avec l’autorité rationnelle-légale des « fonctionnaires de Dieu ». Bougeant les frontières, jusqu’où ? Eric Célérier lui-même ne saurait répondre, conformément à une conviction qu’il rappela lors des 20 ans du TopChrétien : « Il y a des faibles commencements mais quand Dieu trouve la foi, et l’obéissance, alors il y a pas de limite » (4).

 

(1) Pierre-Yves Kirchleger, in S.Fath et JP. Willaime, La nouvelle France protestante, essor et recomposition au XXIe siècle, Genève, Labor et Fides, 2011, p.358.

(2) Eric Célérier, Connexions divines, Paris, Première Partie, 2016, p.193.

(3) Louis-Etienne de Labarthe, « Eric Célérier, un pasteur évangélique à Paray ! », https://emmanuel.info/ (online), 2 août 2016

(4) Eric Célérier, prédication du 10 juin 2019 visionnable online sur Youtube (citation au bout de 23’30″)

 

 

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