KEK

« Il ne faut pas chercher à avoir une voix protestante en Europe »

Entretien avec Jean-Arnold de Clermont a présidé la Conférence des Églises européennes (KEK) de 2003 à 2009.

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Publié le 5 mai 2020

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Dans cet entretien à Foi&Vie, il revient sur cette expérience qui lui a permis de constater que les rapports étaient parfois plus difficiles entre Églises protestantes qu’avec les autres Églises chrétiennes.

Comment êtes-vous devenu président de la KEK ?

La Fédération Protestante de France était membre associée de la KEK et j’ai donc participé à un certain nombre de rencontres avant même d’y être impliqué. En 2003, il m’a été demandé de présider l’assemblée de Trondheim (1), je l’ai présidée comme n’importe qui peut être invité à présider une assemblée d’Églises et, à cette occasion, il m’a été demandé de faire partie du conseil de la KEK qui a une présidence tournante entre protestants et orthodoxes. Comme c’était le tour des protestants, que je parlais anglais et français, que j’avais l’âge qu’il fallait et que j’étais président d’un organisme connu, j’ai été désigné président … avec en plus l’avantage d’être issu des petites Églises protestantes du sud, perçues comme peu dangereuses et relativement neutres par les deux grandes masses que sont les Églises protestantes allemandes et celles des pays nordiques.

Comment fonctionnait la KEK ?

Cela pouvait être assez lourd d’un côté puisque presque toutes les Églises représentées à l’assemblée générale étaient aussi présentes au conseil qui comptait donc un nombre relativement important de membres (40) dont un tiers d’orthodoxes et deux tiers de protestants. Il y avait aussi une douzaine de membres (toujours selon la règle un tiers/deux tiers) au présidium qui dirigeait la KEK. Mais d’un autre côté, c’était très œcuménique et très large au plan européen, avec des représentants des associations de jeunes et d’autres organisations comme le Comité des Églises auprès des migrants (2).

Et cela a changé ?

Oui, depuis l’assemblée de Lyon en 2009 (3), qui a été un évènement marquant de mon mandat. Les Églises d’Allemagne, en relation avec les Églises orthodoxes, y ont prétendu que le fonctionnement de la KEK était trop lourd et qu’il fallait tout changer en excluant les associations et organisations et en réduisant ainsi considérablement la dimension œcuménique. Ce n’était pas du tout la position des Églises nordiques, mais les évêques allemands et les orthodoxes avaient un tel poids qu’ils ont imposé leurs vues. L’idée était en fait de diminuer la voix de la KEK pour mettre plus en avant un organisme uniquement protestant, la CEPE. Je me suis battu pour leur faire entendre que la dimension œcuménique était décisive si on voulait se faire entendre. J’y étais très attaché depuis mon expérience à la FPF qui m’avait fait comprendre qu’avec de la pédagogie, on pouvait faire mieux entendre la voix protestante à plusieurs. Mais j’ai perdu ce combat … avec la sensation qu’il n’y aurait plus que des évêques. La KEK est donc devenue beaucoup plus institutionnelle et son siège a déménagé de Genève (siège du COE) à Bruxelles (siège de l’UE). Cela montre que le rôle des Églises en Europe est désormais principalement tourné vers l’UE. Alors qu’il n’y a pas que l’UE : il y a le Conseil de l’Europe qui est une Europe plus large, il y a le continent africain et le Moyen-Orient, les deux parties du monde le plus directement en contact avec l’Europe, avec lesquelles j’ai cherché à renforcer les liens.

Comment se passaient les relations avec l’UE ?

Avant même le déménagement, la KEK disposait déjà d’un bureau à Bruxelles, celui d’Église et Société (4), ainsi que de celui du Comité des Églises pour les migrants. Les relations se déroulaient dans le cadre défini par l’article 17 du traité de Lisbonne (5) : chaque année, l’UE, les présidents du Conseil, de la Commission, du Parlement invitaient les responsables religieux européens (KEK, catholiques, juifs …) pour une réunion de travail et un déjeuner. C’était un show médiatico-politique puisque nous n’avons jamais obtenu que l’agenda de cette réunion soit fixé d’un commun accord : c’était eux qui décidaient de quoi l’on parlerait, il n’était pas question de rajouter quoique ce soit. Par contre, nos commissions spécialisées avaient des relations très étroites avec un certain nombre de départements de l’UE. Au niveau technique, sur les droits de l’homme par exemple, nous étions systématiquement invités dès qu’il y avait une consultation (6). Il y avait aussi une vraie relation avec le Conseil de l’Europe où la KEK a un représentant permanent.

Les catholiques n’étaient pas mieux introduits que les protestants ?

Je n’ai pas ressenti de retard par rapport aux catholiques au niveau de l’UE. Mais c’est vrai que quand les évêques catholiques voulaient rencontrer le président de la Commission, ils téléphonaient et ils avaient le rendez-vous. La KEK non, car elle pesait moins lourd à ce niveau institutionnel. Mais il y avait surtout un déséquilibre inter-protestant par rapport aux responsables d’Église allemands qui étaient très présents et avaient leur propre bureau à Bruxelles depuis le début. Avec les catholiques, l’un des grands moments de ces 6 ans a été la 3e assemblée œcuménique européenne de Sibiu en 2007. Ça a été vraiment un moment tout à fait important, je ne sais pas s’il y en aura d’autres. Nous avions obtenu que ce soit très large et il y a eu beaucoup de monde, pas seulement des responsables d’Églises au plus haut niveau. Il y avait le peuple de l’Église. Mais je n’ai pas un souvenir ému des interventions des principaux orateurs qui marquaient leur défiance, leur prudence à l’égard du mouvement œcuménique, par exemple le président de l’EKD ou le métropolite Cyrille. Le discours du cardinal Kasper a été très différent, très cordial et beaucoup plus œcuménique que les autres après les textes qui venaient d’être publiés par Benoît XVI (7).

Et les relations avec les orthodoxes, les évangéliques ?

Côté orthodoxe, il y a eu pendant ma présidence d’excellentes relations avec le patriarcat œcuménique, avec les Roumains, les Français … mais une guerre terrible avec Moscou. Le patriarcat de Moscou est sorti en 2008 de la KEK car on y avait accepté l’Église orthodoxe d’Estonie. C’est un sujet politiquement sensible pour les Russes puisqu’il y a deux Églises orthodoxes en Estonie, une dépendante de […]

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