La légende de la Pachamama

La légende de la Pachamama

Présidente d’une association de coopération humanitaire entre la Vienne et le Nord-ouest argentin, Danielle Dubreuil se rend régulièrement en Argentine. Elle nous explique la « Pachamama », un rite andin qui consiste à honorer la Terre Mère.

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Publié le 18 novembre 2019

Auteur : Danielle Dubreuil

La province de Jujuy située au nord-ouest de l’Argentine fait partie du monde andin dans l’espace sidéral de l’Amérique latine. Dans chaque vallée vit une population de paysans qui cultivent leurs petits lopins de terre. Agriculteurs et éleveurs gardent des racines ancrées dans la culture précolombienne et une identité en harmonie avec la Terre Mère, la Pachamama.

Une origine ancestrale

La Terre est l’élément primordial, spirituel, existentiel ; celle qui donne tout et reprend, même la vie. Cette expression dévoile la relation de respect et de peur que ressent l’Homme andin envers les éléments ; une fusion éternelle avec la terre (de la terre nous venons, à elle nous retournons). Pour cela, il vénère à travers des rituels les quatre éléments essentiels de sa cosmologie : la terre, l’air, le soleil et l’eau.
Le terme Pachamama est formé de deux mots d’origine quechua, « pacha » qui signifie univers, monde, temps, lieu et « mama » mère. La Pachamama est pour l’homme andin, la Terre Mère, la divinité des montagnes péruviennes, boliviennes et nord-ouest argentines. Considérée comme une déesse andine liée à la terre, la fertilité, la mère et au féminin, elle est la mère de la terre et des hommes, celle qui fait mûrir les fruits et multiplie le bétail. Elle défie les gelées et les maux et donne de la chance à la chasse.
Les cérémonies d’offrandes à la Pachamama ont lieu durant l’hiver austral, au mois d’août, dès le premier jour du mois et marquent ainsi le début de la fête la plus importante des convictions andines.
Les offrandes, communément désignées par la population andine comme une rétribution à la Terre ou à la Pachamama, sont des rituels d’origine ancestrale qui font partie d’un système de réciprocité entre le monde matériel et le monde spirituel. Il a pour but de restituer à la Terre Mère ce qu’elle nous a donné et tout ce que nous souhaitons au plus profond de nous-mêmes : ce que nous voulons réaliser dans notre existence et ce que nous voulons pour nos proches.

Un devoir mutuel

Les rites de la Pachamama sont essentiellement de deux types : les offrandes privées, faites dans les foyers, et les offrandes communautaires, effectuées sur les sommets où les prêtres andins exécutent ces cérémonies ancestrales, de sorte que la Pachamama apaise la faim des hommes et leur accorde des bénédictions.
Les offrandes à la Terre Mère ont pour origine fondamentale la relation entre l’homme andin, en particulier le paysan, et la Terre Mère ou Pachamama.
L’offrande est un moyen symbolique par lequel l’homme redonne à la déesse ce qu’elle lui a donné. L’objectif étant l’instauration de la réciprocité entre l’être humain et la nature.
Avec cette offrande, le paysan andin demande à la Pachamama l’autorisation d’accepter en retour, de manière symbolique, certains de ses fruits. Ces rituels sont également destinés, par l’intermédiaire de cet hommage, à l’Apu, l’esprit de la montagne. L’Apu est l’aspect masculin de la nature et la Pachamama en est le féminin. L’Apu protège les animaux et les hommes et féconde la Pachamama. L’offrande est un acte de réciprocité, c’est la réalisation de la justice universelle et cosmique, l’accomplissement d’un devoir mutuel. La violation de ce principe entraînerait de graves distorsions dans l’équilibre des systèmes naturels, sociaux et religieux. Pour l’homme andin, ces présents ont un sens de réconciliation avec les forces spirituelles afin d’éviter les malheurs, ils représentent également des rites de passage.

Un ministère est prophétique, charismatique et mystique

Ces rituels d’offrandes sont conduits par des spécialistes de la religiosité andine. Les prêtres peuvent être classés en différents niveaux de sacerdoce suivant la connaissance et les facultés acquises. Le processus d’apprentissage pour progresser dans la hiérarchie est long et complexe, riche en épreuves. La première étape est le pampamisayoq, « celui qui officie dans la pampa ». L’Altomisayoq ou Hatunmisayoq est considéré comme appartenant au rang sacerdotal et son ministère est prophétique, charismatique et mystique. On dit qu’il a le pouvoir de communiquer avec des entités ou des êtres spirituels du monde religieux. Pour atteindre ce rang, il subit un test appelé Karpay et doit se consacrer au service d’Apu. Cet état est temporaire et peut être perdu par un comportement négatif, tel que l’abus de pouvoir, l’enrichissement personnel ou un comportement sexuel répréhensible. Il existe aussi un rang supérieur dans le sacerdoce andin, celui de Kuraq Akulleq, dont la capacité est de prendre contact avec des forces spirituelles plus élevées.
Les autels sont fabriqués par les prêtres andins qui doivent savoir comment fabriquer la nappe de cérémonie et le papier dont l’offrande sera emballée. Ils doivent choisir et commander les feuilles de coca pour le K’intus : trois feuilles de coca utilisées pour le cérémonial des offrandes. Ils doivent également connaître tous les autres éléments entrants dans l’office, tels que les coquillages, les semences, et bien d’autres éléments, en fonction de l’intention de la cérémonie : rétribution ou offrande.
Ils peuvent également soigner avec des plantes médicinales, faire des divinations et des diagnostics magiques, lire la feuille de coca et prédire la bonne ou la mauvaise aventure. Ils peuvent fournir des amulettes, ou autres talismans.

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