Zachée Betché : Défaire les idées toutes faites

D’origine camerounaise, ce pasteur du canton de Neuchâtel aime à partager le quotidien de ses paroissiens et consacre une partie de son temps à l’étude. Il vient de publier un ouvrage sur Boko Haram.

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Publié le 10 février 2017

Auteur : Nicolas Meyer

Lorsqu’on se balade dans les rues du Landeron avec Zachée Betché, difficile de ne pas s’arrêter à chaque coin de rue pour tailler bavette avec les personnes rencontrées sur le chemin. Bien que cela fasse juste quatre ans que ce pasteur exerce dans cette région, il a rapidement su tisser des liens avec ses paroissiens et les habitants de la région : « Mon rôle consiste aussi à vivre avec les gens et partager leur quotidien en les rencontrant, par exemple, à la pharmacie ou à la poste ». Des échanges qui lui permettent de dépasser un certain protocole pour faire partie intégrante du paysage de la vie locale.

Dénoncer la folie de Boko Haram

En dehors de son ministère, Zachée Betché consacre une partie importante de son temps à l’étude et à la recherche. Outre l’écologie, un des sujets qui le préoccupe le plus, il s’est récemment attelé à décrypter le phénomène de Boko Haram qui sévit dans sa région natale du Nord du Cameroun, au Nigéria, au Tchad et au Niger. L’ouvrage qu’il vient de publier a pour ambition de lutter contre ce mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste : « Boko Haram a défiguré le paysage de l’endroit où je suis né ».

C’est lors d’un voyage, il y a quelques années, que la nécessité de rendre compte de ce qui se passe dans cette région s’est fait ressentir. Sur place, il n’échappe pas au sentiment d’insécurité qui touche la population. Mais il est confronté au silence des gens : « La plupart n’osent pas en parler, le sujet est tabou. Le monde extérieur s’interroge sur le phénomène, mais cela reste assez superficiel. » Il se lance alors dans des recherches qui décryptent les racines du mouvement et apportent un éclairage sur l’importance de ce phénomène. Au-delà des croyances, il dénonce les méfaits de la misère, l’instrumentalisation des enfants et l’absence de l’Etat dans des régions où des puissances tapies dans l’ombre poursuivent des intérêts économiques en vue de l’exploitation de ressources naturelles.

Toutefois, pour Zachée Betché, l’espérance reste de mise : « Le mouvement ne va pas s’arrêter de sitôt, mais va perdre de son influence. Le gouvernement fait beaucoup d’efforts pour le combattre et des comités de vigilance locaux font preuve d’un courage exceptionnel, parfois au péril de leur vie. »

Racines philosophiques

Le travail de Zachée Betché accorde aussi une place prépondérante à la philosophie. C’est dans ce domaine qu’il a commencé ses études au Cameroun pour finir son parcours avec un doctorat à l’Université de Lausanne. Il s’est rapidement intéressé à la théologie. Elle lui a ouvert des perspectives sur la vie, que la philosophie n’avait pas réussi totalement à aborder. « Plusieurs personnes du domaine philosophique m’ont pris pour un fou lorsque je leur ai annoncé que je voulais devenir pasteur » dit-il en souriant. Les deux disciplines sont très complémentaires et lui permettent d’avoir un bagage utile pour mieux comprendre le monde.

Dans « L’invention de l’homme noir », publié en 2012, il met à prof it cette double formation pour défaire l’imaginaire collectif lié aux questions d’identité. Il démontre en quoi la question des races est avant tout une construction historique et idéologique liée à la modernité. Pour l’auteur, cette vision du monde doit être dépassée dans notre époque dite de postmodernité. Il est absolument nécessaire de défaire les imaginaires afin de pouvoir surmonter les crises identitaires et les phénomènes actuels de radicalisation.

Le livre souligne également que la mixité est souhaitée parce qu’elle est un signe visible de la nature des humains à se rapprocher et à construire ensemble le monde à venir. Une question d’identité qu’il a également mise en application dans son quotidien. Dès son arrivée dans l’Eglise neuchâteloise dans les paroisses de La Chaux-de-Fonds et des Hautes-Joux, il ne répondait pas aux clichés que l’on pouvait se faire de lui. Une manière de passer au-delà des étiquettes pour aller au fond des choses.

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Edition Genève du mois de février 2017

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