La position des Églises

L’Église catholique défend la présence réelle en affirmant que le corps et le sang, ainsi que l’âme et la divinité du Christ sont réellement et substantiellement contenus dans l’eucharistie. C’est la transsubstantiation qui dit que l’hostie est convertie, ou changée, en corps du Christ.

Luther rejette la transsubstantiation en disant qu’il n’y a pas changement de substance, mais que le pain et le vin restent pleinement pain et vin tout en étant pleinement chair et sang de Jésus Christ. Il utilise une image en disant que le Christ est dans le pain et le vin comme le feu est dans la braise.

Calvin a une lecture spirituelle du sacrement. Il prend l’exemple de la colombe qui est descendue sur Jésus le jour de son baptême. Dans les évangiles de Mattieu et de Marc, au moment de son baptême, Jésus « vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir à lui[1]. » C’est Jésus seul qui a vu une colombe pour signifier le don de l’Esprit. Il faut comprendre la présence du Christ dans le pain et le vin comme l’Esprit est présent dans la colombe.

Zwingli dit que le pain et le vin sont des signes de la présence du Christ qui doivent être compris comme on comprend les affirmations de Jésus disant qu’il est le bon berger ou qu’il est la porte.

[1] Mt 3.16.


Actualisation

Ces débats tournent autour de la signification du verbe être dans la phrase prononcée par Jésus pour instituer le repas : ceci est mon corps. Les uns disent que le est est une correspondance (ce pain est devenu mon corps), d’autres disent que c’est un signe (ce pain désigne mon corps). Si l’on remonte à la source en essayant de retrouver les paroles que Jésus a prononcées, le débat devient anachronique puisqu’en araméen, la langue que parlait Jésus, le mot est ne s’emploie pas dans ce cas-là. Jésus a probablement dit : Ceci, mon corps. En outre, le mot corps a, dans la pensée biblique, un sens beaucoup plus large que pour nous, il évoque toute la personne. Ce sens de la totalité est encore renforcé lorsque le sang, qui est le siège de la vie, est associé au corps. Ces remarques montrent qu’il est périlleux de se risquer à une interprétation trop matérielle de ce à quoi Jésus pensait lorsqu’il a distribué le pain et le vin en disant : Ceci mon corps… Ceci mon sang. Il faut entendre que le Christ a donné sa vie pour ses amis[1]

Les protestants peuvent se retrouver dans le terme de transsubstantiation utilisée par la théologie catholique à condition de le comprendre au sens étymologique du terme. En latin, le préfixe trans ne signifie pas un changement, mais à travers, au-delà de. La transsubstantiation signifie étymologiquement que le Christ se rend présent à travers la substance du pain et du vin. Avons-nous besoin d’en dire plus ? Il nous suffit de croire qu’une certaine présence du Christ est proposée à travers le repas eucharistique.

[1] Rm 5.8.


Enjeu œcuménique

Dans le débat entre les Églises, la question s’est déplacée. De nos jours, il s’agit moins de savoir comment le Christ est présent dans le pain et le vin que de définir les conditions de célébration du sacrement, et du rapport entre sacrement et Église.

Le modèle protestant est formulé dans la concorde de Leuenberg qui est un texte d’accord entre les Églises luthériennes et réformées d’Europe sur la question des sacrements (1973). L’idée est que les Églises peuvent être séparées parce qu’elles ont des spécificités théologiques et liturgiques, mais qu’elles reconnaissent mutuellement leurs ministères respectifs, et qu’elles peuvent partager le pain et le vin comme signe de cette reconnaissance. Les différences entre les Églises relèvent de la pluralité légitime que l’on trouve dans le Nouveau Testament, et le partage du pain et du vin devient le signe qu’au-delà des différences, nous sommes tous au bénéfice d’une même grâce. L’eucharistie n’est pas conditionnée par l’unité des Églises, elle la fait.

Nous avons vu que pour les réformateurs, il y avait Église là où l’Évangile était proclamé et les sacrements partagés. En cela, nous pouvons dire d’une certaine manière que le sacrement fait l’Église, c’est lui qui fait que l’Église advient. Si les catholiques disent que le sacrement fait l’Église, ils disent en même temps que l’Église fait le sacrement en ce qu’il n’y a pas d’eucharistie si elle n’est présidée par un ministère reconnu par l’Église. L’interprétation de l’eucharistie est indissociable de la compréhension de la nature de l’Église.

De ce fait, catholiques et protestants ne peuvent revendiquer une intercommunion eucharistique alors qu’ils ne sont pas d’accord sur leur compréhension de l’Église.


Vers une hospitalité eucharistique ?

Parce qu’il existe une différence dans le lien entre l’Église et le sacrement, l’intercommunion pose problème. Il n’est pas question de célébrer un sacrement par deux ministres catholique et protestant car cela apporterait de la confusion en ce qu’ils n’ont pas la même compréhension de ce qu’ils font ensemble. En revanche, pourquoi ne pas envisager une hospitalité eucharistique ? Dans cette expression, le mot le plus important est celui d’hospitalité. Il n’est pas question de déclarer que le différend entre catholiques et protestants sur l’eucharistie serait résolu. Il est en effet irréductible et ce n’est pas plus mal, car les différences peuvent aussi être des richesses. Il s’agit simplement de reconnaître que cette différence n’empêche pas l’hospitalité : « Toi qui es différent et qui ne penses pas comme moi, veux-tu néanmoins partager avec moi le repas ? » N’oublions pas que l’épître aux Hébreux fait une promesse à la démarche d’hospitalité : « N’oubliez pas l’hospitalité : il en est qui, en l’exerçant, ont à leur insu logé des anges[1]. »

Je connais des protestants qui refuseraient une telle invitation qu’ils trouveraient ambiguë, mais d’autres qui se sentiraient honorés d’être officiellement accueillis à la table de l’Église sœur.

[1] Hé 13.2.


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