L’œcuménisme de l’hospitalité

Il y a d’abord l’œcuménisme de l’hospitalité. Nous en trouvons un fondement dans l’évangile de Luc qui est structuré autour de huit conversations à table. Sur ces huit repas, quatre sont centrés autour du Royaume de Dieu et de la place qu’y occupent ceux qui n’étaient pas invités au départ. Le Seigneur de ce Royaume est celui qui accueille à sa table et qui honore les derniers arrivés, les marginaux, les étrangers.

L’œcuménisme de l’hospitalité est une démarche spirituelle qui prend en compte les différences entre les dénominations et qui cherche non pas à nier, mais à accueillir, et pourquoi pas aimer, ce qui fonde ces différences.

L’objectif de cet œcuménisme est d’arriver à l’hospitalité eucharistique que nous avons évoquée dans le chapitre sur la cène et l’eucharistie. Il n’est pas question de faire de l’intercommunion en déclarant que le différend entre catholiques et protestants sur l’eucharistie serait résolu : il est en effet irréductible et ce n’est pas plus mal, car les différences peuvent aussi être des richesses. Il s’agit simplement de reconnaître que cette différence n’empêche pas l’hospitalité : « Toi qui es différent et qui ne penses pas comme moi, veux-tu néanmoins partager avec moi le repas du Seigneur ? »

Cet œcuménisme relève de la saine curiosité spirituelle, elle relève de la conviction que les différences ne sont pas des menaces, mais qu’elles peuvent être des richesses.


L’œcuménisme de l’objection

À côté de l’œcuménisme de l’hospitalité, nous trouvons l’œcuménisme de l’objection. Il ne s’agit pas seulement d’accueillir les différences, mais de demander à chacun de formuler les objections qu’il adresse à l’autre Église. Comme l’écrivait Paul Ricœur, « Le maximum de ce que j’ai à demander à autrui, ce n’est pas d’adhérer à ce que je crois vrai, mais de donner ses meilleurs arguments. »

Dans son livre sur l’œcuménisme, Marc Lienhard rapporte une belle position catholique sur l’œcuménisme, tenue par le cardinal Ratzinger avant qu’il ne devienne Benoît XVI : « Même si les divisions sont d’abord une œuvre humaine et relèvent de la culpabilité des hommes, il y a en elles aussi une dimension qui correspond à une volonté divine. C’est pourquoi notre repentance et notre conversion ne peuvent les surmonter que jusqu’à un certain point. Quant à savoir quand nous n’aurons plus besoin de cette déchirure et quand disparaîtra sa nécessité, Dieu seul en décidera : c’est lui qui juge, c’est lui qui pardonne… N’était-ce pas bon à bien des égards pour l’Église catholique, en Allemagne et ailleurs, qu’il y ait eu, à côté d’elle, le protestantisme avec son attachement à la liberté, avec sa piété, avec ses divisions et ses hautes exigences intellectuelles ?… Inversement, pourrait-on concevoir le monde protestant à lui tout seul ? Les affirmations du protestantisme, et en particulier sa protestation, n’existent-elles pas justement en référence au catholicisme, au point qu’il pourrait difficilement s’imaginer sans ce dernier. »

L’œcuménisme de l’objection repose sur l’idée que chaque Église permet à l’autre d’éviter de tomber du côté où elle penche. Le protestantisme peut aider l’Église catholique à se préserver d’un absolutisme qui la menace et le catholicisme rappelle au protestantisme que la théologie a une histoire et que l’Église est universelle.

Au sein du protestantisme, les églises magistérielles peuvent rappeler aux églises évangéliques qu’il n’est pas interdit de cultiver une intelligence de la foi, et les évangéliques peuvent rappeler aux luthéro-réformés l’importance de l’appel à la conversion et du témoignage personnel.

Dans cette perspective, la division entre les Églises est salutaire, elle relève de la saine diversité au sein de la création comme l’a dit le Père de l’Église Basile de Césarée qui faisait remarquer que c’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ, afin que fleurissent rouge le coquelicot, rose la rose, bleu le bleuet. Le but ultime de l’œcuménisme n’est pas l’uniformité, mais de laisser s’harmoniser les différentes couleurs de la foi. Il faut en même temps cultiver la vraie rencontre et la richesse de sa singularité, d’autant que l’histoire nous apprend que, chaque fois qu’une Église s’est trouvée en situation hégémonique, elle a eu tendance à se pervertir et à se laisser gagner par les logiques de pouvoir. Cette loi ne souffre aucune exception.


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