Le décès d’un proche est universel, nous y sommes ou serons tous confrontés un jour. Parfois, cette perte survient brutalement, dans des conditions tragiques. Le deuil est un processus normal, qui peut devenir traumatique, notamment lorsque des circonstances tragiques s’ajoutent à la douleur de la perte. Un processus complexe aux impacts psychologiques importants.
Dans un processus de deuil normal, on avance. C’est un processus de cicatrisation qui se met en route naturellement en nous. On vit le deuil à travers des phases non linéaires, avec des allers-retours. C’est normal, parce que le processus de deuil est très mouvant. Au final, on aura intériorisé la relation avec la personne défunte et c’est ce qui fait qu’on a avancé. Dans le deuil traumatique, qui peut être un deuil figé, quelque chose se bloque au niveau du processus. Et c’est là qu’il faut être vigilant. Si la personne a des images qui lui reviennent tout le temps ou reste dans un certain état, il faut qu’elle puisse avoir un accompagnement bien spécifique. Il existe des techniques qui peuvent aider à se défaire de certaines choses qui nous empêchent d’avancer et nous font rester dans un deuil compliqué.
Lors d’un décès soudain, tout comme lorsqu’on a accompagné une personne, il peut y avoir de la brutalité. On ne s’y attendait pas, finalement. On est d’abord dans un premier état de sidération, de choc. Et cette phase peut durer plus longtemps quand il y a eu quelque chose de vraiment brutal, qui fait qu’on est dans un déni en disant “ce n’est pas possible, ça n’est pas arrivé”. Mais malgré la brutalité, quelque chose se met en route. Il y a un processus de cicatrisation qui se fait naturellement en nous, sans qu’on le décide.
Le décès d’un proche peut révéler des aspects profonds de notre relation à l’autre, qu’il s’agisse de dépendance émotionnelle ou d’angoisse de séparation. La façon dont on vit le deuil révèle quelque chose de nous-mêmes.
Le deuil va être coloré par tout ce que la personne est : sa structure psychologique, son âge, sa situation sociale, sa santé, son histoire, sa relation au défunt et aux autres. Les circonstances de la mort également. Ça dépend de pas mal de facteurs. Il y a tout un travail personnel qui s’opère, un travail de fond. On parle de travail de deuil, mais c’est le deuil qui nous travaille. Au final, les personnes disent : “Je n’aurais jamais imaginé pouvoir faire tout ce que j’ai fait”. Elles se redéfinissent par rapport au monde. Quelque chose s’est transformé à l’intérieur d’elles-mêmes.
Le deuil est un chemin qui prend du temps. La durée du deuil varie selon les personnes et les situations. Au-delà de la douleur, il est possible de se reconstruire et cela, au travers d’étapes clés qui nous permettent d’avancer.
On ne fait pas le deuil. Le deuil nous traverse toute la vie. Par contre, on avance et on évolue à travers cette expérience de deuil. On ne peut pas dire qu’il ait une fin.
Quand on perd un enfant, le processus va être plus long. Pour la perte d’un conjoint ou d’un parent, ce sera moins long. Mais il faut prendre ces durées avec beaucoup de pincettes, parce que c’est tellement aléatoire en fonction de l’histoire de chacun. Quand on parle de durée, ça signifie qu’on aura traversé différentes phases.
À l’annonce de la mort, on parle d’une phase de choc, de sidération, qui va durer à peu près deux semaines. On est dans cette phase du rituel, des obsèques. Ensuite, on va passer à une phase de fuite et de recherche de l’autre. Cette phase dure à peu près six à dix mois. Et petit à petit, on va finalement se rendre compte que l’autre ne reviendra pas. On entame une phase de déstructuration des organisations avec un vécu dépressif. Cette période-là va durer très longtemps. C’est le point central du deuil. On est quasiment un an après la mort du proche. C’est à ce moment qu’on est le plus mal et souvent, c’est à cette période qu’on est le moins entouré, parce que les gens sont passés à autre chose. Cette phase est longue et peut prendre des années. C’est souvent dans cette période que la personne va se faire aider. Avant, elle n’a pas la disponibilité psychique, parce qu’il y a trop de choses à gérer et qu’elle est dans une phase de sidération, voire de déni. La douleur est frontale, mais on avance pour arriver à une phase de reconstruction. On se redéfinit par rapport au monde. Ce processus va nous permettre de passer d’une relation à l’autre extérieure, objective, à un lien intérieur profond. Le deuil n’est pas l’oubli.
La personne en deuil doit se faire confiance, parce qu’elle sait elle-même ce dont elle a besoin. Ce qui va l’aider le plus, c’est de pouvoir raconter et d’être entendue dans tout ce qui s’est passé au moment de la mort du proche et pendant les obsèques. Souvent, les personnes reviennent sur ce récit. C’est ça, qui aide à avancer, parce que plus on raconte, plus on polie la charge émotionnelle. Il est donc important de pouvoir raconter et de ne pas rester seul. Après, hommes et femmes, on ne va peut-être pas non plus vivre le deuil de la même manière. L’homme va être plus dans l’action, la femme plus dans la parole. Ce qui aide également les personnes dans le deuil, ce sont les rituels pour rendre hommage à leur défunt. On peut faire des choses très créatives. C’est tout ce qui fait sens pour la personne.
