Pardonner pour briser l’insensibilité

Le point de vue d’Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à la Faculté de théologie protestante de Montpellier.

Pardonner pour briser l’insensibilitéLe mot pardon exprime des choses aussi diverses que le pardon demandé ou reçu, et le pardon refusé ou donné sans contrepartie ; il confond le pardon tourné vers soi, pour être délivré du mal, et le pardon tourné vers autrui, qui fait bifurquer la situation, le pardon éthique qui suppose un certain nombre de conditions, et l’inconditionnel du pardon évangélique, etc.

Dans tous les cas le pardon est bien plus ample que cette pure question de spiritualité intérieure ou d’hygiène morale individuelle à laquelle nous l’avons réduit.

Dans le contexte des attentats, nous avons été bouleversés par la parole de ce jeune veuf : « vous n’aurez pas ma haine ». Au lieu de réagir de manière prévisible par une surenchère à l’irréparable de la vengeance, cette parole délie les protagonistes de l’irréversible, et rend possible à nouveau le lien, la promesse. Le pardon n’est pas silencieux, ni oublieux, il rouvre dans le présent d’autres avenirs possibles.

Au moment où il est cloué en croix, selon l’évangile de Luc, Jésus a cette parole surprenante : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Non seulement nous ne savons pas, mais trop souvent nous ne sentons pas ce que nous faisons, c’est le drame de l’agir humain. Le pardon intervient pour briser cette insensibilité.

Le 25 janvier 2016


P
O
U
R

N
O
Ë
L
Abonnez--vous à un média protestant !