La mort n’est pas qu’un fait biologique. Comme le souligne Nadine Davous dans ce numéro de Proteste, elle est aussi sociale, psychologique, spirituelle. Elle traverse les relations, les institutions, les récits collectifs. Dans les entraides et les établissements, nous faisons parfois l’expérience douloureuse de vies comme suspendues, de personnes vivantes et pourtant déjà mises à l’écart, réduites à l’ombre d’elles-mêmes. La mort n’est pas que naturelle : elle est culturelle. Elle s’impose quand la dignité est niée, quand l’horizon se ferme.
La mort est une expérience radicalement intime. Sœur Nathanaëlle, en écho à Montaigne évoquant l’amitié unique qui le liait à La Boétie, nous le rappelle avec force : le chemin de la mort ne se partage pas. On peut être entouré, accompagné, aimé, mais face à la mort, chacun demeure seul. Chacun aussi la pense, la redoute ou l’accueille à sa manière. Apprivoiser la mort demande du temps : parfois une vie entière.
La foi chrétienne affirme que la mort n’aura pas le dernier mot. Jésus en a fait l’expérience personnelle : traverser la mort ne conduit pas au néant, mais ouvre paradoxalement à la vie, par la résurrection. La mort est une réalité avant-dernière ; seconde, sans être secondaire. Cette conviction nous permet de refuser les fatalismes. Les crises, les guerres, l’exploitation insensée de l’humanité et de la nature, et même la mort, ne sont pas des destins immuables ; elles sont des réalités à combattre, appelées à passer.
La petite lumière allumée à Pâques peut vaciller, s’obscurcir, mais jamais s’éteindre. C’est cette lumière que bénévoles et salariés, engagés sur le front de la dignité humaine, portent avec persévérance : le témoignage que nous ne sommes pas menacés de mort, mais de résurrection.
