Ken Taylor avait prévu de longue date ce temps à part, quatre mois sabbatiques pour faire autre chose, autrement, méditer, une traversée du désert pour de vrai, avec ce désir pressant de partager, entre deux coups de pédale, sa foi et ses compétences avec les Églises du Sénégal. Et puis il y a eu ce cancer du côlon, trois opérations, une longue convalescence qui a différé le projet, et cette envie de partir plus que jamais. Comme une revanche. Un encouragement pour ceux qui passent par-là, parce qu’il y a encore une vie après tout ça.
Un retour aux sources
Ken, vingt-deux ans, est en vacances avec son épouse Anne à Dakar quand, sur la plage des Almadies, un vieux pêcheur engage la conversation. M. Diongue Fall lui pose des questions sur sa foi, Abraham et des personnages de la Bible, auxquelles le jeune homme ne sait que répondre. Honteux et confus, il s’inscrit à des cours du soir dès son retour. L’Institut biblique belge suivra. Quatre ans plus tard, en stage dans une Église de Bruxelles, il nourrit le secret espoir d’être envoyé en mission au Sénégal. Mais c’est au Canada qu’il part. Les voies du Seigneur ne sont pas nos voies.
Au départ de Dijon, Ken Taylor, son vélo et son barda – 165 kg au total – mettent le cap sur Sète. Un bateau en direction du Maroc. Nador, Midelt, Errachidia, Ouarzazate, Marrakech, Agadir, Laâyoune, Tan-Tan… puis le désert, le soleil, le vent, le sable, les scorpions et enfin la Mauritanie avant Saint-Louis et Dakar. Le quinqua dort sous sa tente ou chez l’habitant. Quelquefois dans des hôtels. Il compte sur Dieu pour ouvrir les portes. Celles des musulmans sont très hospitalières.
Les musulmans aiment parler de Dieu
Les rencontres se succèdent, providentielles, riches, émouvantes. Ken Taylor côtoie des musulmans dont la plupart ignorent le Coran, « comme tant de Français prétendument chrétiens ne connaissent pas la Bible ». L’islam est culturel, « la population est musulmane par défaut ». Ses hôtes posent des questions, demandent s’il est musulman. Il rétorque qu’il est disciple d’ʿĪsāal-Masîh, Jésus le Messie1 , et les invite à lire la Bible dont le Coran affirme qu’elle contient la direction et la lumière2. Les interlocuteurs du pasteur sont curieux, surpris par ces citations qu’ils n’ont jamais entendues. Les causeries sont toujours courtoises, paisibles, « les musulmans aiment beaucoup parler de Dieu, c’est facile de discuter avec eux parce que Dieu est une évidence dans leur vie ». Ils sont très respectueux quand ils découvrent des gens du Livre, c’est-à-dire des chrétiens sincères.
Pour Ken Taylor, voyager reste le meilleur moyen de découvrir la beauté de la Création et ses créatures. Bien sûr, certains hommes sont « méchants », mais la plupart veulent faire le bien ; il n’a rencontré que des gens bienveillants pendant son périple.
Convaincu que le vélo est une façon très agréable de se connecter avec de parfaits inconnus, le pasteur héberge régulièrement des cyclotouristes à son domicile3. Nous avons beaucoup à progresser en matière d’hospitalité, « si les chrétiens ouvraient leurs portes pour accueillir comme j’ai été accueilli, ils auraient de nombreuses occasions de faire de belles rencontres et de partager leur foi ».
Ken Taylor est heureux d’avoir communiqué la sienne aux uns, croisés en chemin, et aux autres, enseignés dans les Églises sénégalaises. Et s’il est heureux aussi d’avoir relevé ce beau défi, il n’en dit mot. Il n’a plus rien à (se) prouver. Il est apaisé.
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