Christ et le refus du sacré

Christ et le refus du sacré

La violence religieuse s'est manifestée ces dernières années un peu partout dans le monde... Réflexions de Didier Fiévet, pasteur à Toulouse.

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 24 mai 2016

Auteur : Didier Fiévet

Les sociétés occidentales, pleinement sécularisées, ont tendance à mettre dans un même sac toutes les religions. Mais sont-elles toutes semblables ? Qu’est-ce qu’une religion ?

Ils auraient pu partir, ces jeunes, sous la glorieuse banderole des justiciers, ils auraient pu se radicaliser au nom d’une jeunesses abandonnée dans des quartiers non moins abandonnés, ils auraient pu rejoindre le camp des libertaires ou des prolétaires… Ils ont choisi la bannière de la religion. Cela leur vaut la haine de tous ceux pour qui République rime avec éradication de l’obscurantisme que constituerait toute forme de foi. Cela leur vaut l’incompréhension de tous ceux pour qui religion et bons sentiments devraient aller de pair. Et cela leur vaut un inavouable capital de sympathie de la part de ceux qui seraient nostalgiques du temps où le sacré régnait sur le monde sans partage ni scrupule…

Un religieux muet à jamais ?

L’actualité place le fait religieux en pleine lumière de la vie sociale. Certains l’avaient cru à tout jamais rendu muet, s’en réjouissant où le déplorant. Le voir revenir ainsi, de mon point de vue, ne constitue sûrement pas une bonne nouvelle. Et pas seulement, pas même, parce que ce retour s’accompagne de violences. Plus fondamentalement, c’est une mauvaise nouvelle parce que le religieux fait peser sur le monde le péril totalitaire. Et quand je dis religieux, je parle d’une structure qui peut fort bien être athée. Ils n’ont pas toujours tort ceux qui dénoncent une certaine façon de penser la laïcité comme la dernière religion d’État instituée… L’étymologie du mot religieux peut se prévaloir de deux racines latines : religare et religere. Relier et relire. Relier les humains dans une même quête d’idéal, dans un même mouvement vers le ciel. Relire la réalité au prisme d’une doctrine. Les deux racines se conjuguent pour mettre le monde sous la tutelle d’un sacré auquel tous doivent sacrifier. Le religieux a toujours à voir avec le totalitaire. Ce sont les religieux qui ont mis Jésus à mort, lui qui contestait la dimension totalitaire de leur mainmise sur Dieu.

Avec la complicité du peuple qui a toujours besoin de se rassurer, « tous ensemble, tous ensemble » derrière des certitudes sacrées. Un Christ qui met en question ce que le système religieux recèle de jeux de pouvoir, ce que l’amour de la pureté recèle de haine de soi, ce que le sacré recèle de haine du monde, un Christ qui remet en question la partition entre le sacré et le profane, voilà qui est bien dérangeant. Un Christ qui nous offre le visage d’un Dieu qui s’incarne dans l’histoire et ses vicissitudes, qui prend chair à en mourir, qui se commet au milieu des prostituées et des margoulins, un Christ qui nous ouvre à un autre Dieu (comme dirait Marion Muller-Collard) : c’est un Christ inacceptable. Alors on le resacralise, on le religiosise. On fait de l’Évangile un code religieux, avec ses rites et ses obligations, ses serviteurs qui en tirent pouvoir. Un système à défendre contre un autre système. Les partisans de l’exploitation effrénée de l’humain par l’humain, les suppôts de la terreur anti-terroristes, tous ceux-là qui justifient l’injustifiable, les voilà en saintes cohortes pour défendre un Occident qu’ils prétendent chrétien après l’en avoir vidé de toute sa substance !

Le visage du Serviteur

Evangéliser, ce n’est pas recruter de nouveaux adeptes, ce n’est pas se lancer dans la guerre des religions, c’est montrer un visage de Dieu qui se fait serviteur plutôt que maître. Ni concurrence sur le marché du spirituel ni confusion dans un inconséquent et sacro-saint : « on a tous le même Dieu ! » Eh bien non ! le Dieu de l’Évangile n’est pas un objet religieux interchangeable. Loin de tout esprit de conquête.

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