Guyane : des critiques en forme de pépites

Guyane : des critiques en forme de pépites

En 2015, alors ministre de l’Économie, Emmanuel Macron promettait de tout faire pour que soit exploité le fabuleux gisement aurifère de la Guyane.

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 25 juin 2019

Auteur : Eric Trocmé

Un projet pharaonique et juteux, qu’il remet aujourd’hui en cause, après les nombreuses critiques, notamment écologiques, qu’il a suscitées.

En 2022, la plus grande mine d’extraction d’or à ciel ouvert jamais construite en France devrait voir le jour en Guyane. Mais depuis 2016, ce projet mené par les multinationales russe, Nordgold, et canadienne, Columbus Gold, est dénoncé par les associations de défense de l’environnement, et par sept Guyanais sur dix, selon un sondage Ifop publié en juillet 2018. Plus récemment, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU a estimé que ce projet minier violerait le droit des populations indigènes.

Outre les risques écologiques, les opposants mettent en avant le fait que bien d’autres secteurs alternatifs, parmi lesquels le tourisme, seraient bien plus bénéfiques au développement économique du territoire. De son côté, l’évêque de Guyane, Monseigneur Emmanuel Lafont, dans une « lettre pastorale aux catholiques de Guyane et à toute personne de bonne volonté sur la protection de la création en Guyane », s’est prononcé très nettement contre la Montagne d’or. S’inspirant de l’encyclique Laudato si’, il a souligné « les dangers que court notre planète en raison de l’extrême exploitation à laquelle l’humanité l’a soumise ».

Pas question donc de penser « que tout sera résolu par une croissance illimitée, alors que les ressources, elles, sont limitées. ». Dès maintenant, il appelle chacun à « changer de style de vie », un combat qui n’est pas « seulement humain et encore moins économique, mais profondément spirituel ».

Revers de taille

Ces oppositions ont occasionné un premier revers pour la compagnie minière : le 1er février dernier, Emmanuel Macron a reconnu devant les élus d’outre-mer que « le projet n’était pas au bon niveau sur le plan écologique dans sa version actuelle ». Le 7 février, le ministre de la transition écologique, François de Rugy a répondu à la demande d’une soixantaine de députés de toutes tendances, d’interdire le cyanure dans l’industrie minière, en se prononçant en faveur d’une grande réforme du code minier français.

Deux faits avaient plus particulièrement retenu son attention : le risque de pollution des sols en métaux lourds et le risque de rupture de digue d’un bassin de résidus ; un scénario dramatiquement illustré la veille par la rupture du barrage de Brumadinho, un torrent de boues contaminées occasionnant 157 morts et près de 200 disparus. Après le déplacement du ministre en Guyane pour y rencontrer notamment le Grand conseil coutumier, le gouvernement devrait donner sa réponse sur la faisabilité du projet d’ici à la fin du premier semestre.

Les faits

Détenue par les multinationales russe Nordgold et canadienne Columbus Gold, le projet minier Montagne d’or prévoit d’exploiter durant douze ans, à partir de 2022, une mine d’or s’étendant sur 800 hectares à 125 km au sud de Saint-Laurent du Maroni (Guyane). S’il recevait le feu vert de l’État, le projet représenterait 750 emplois directs et 3000 indirects pour une production annuelle de 6,7 tonnes d’or. Montagne d’or prévoit 57 000 tonnes d’explosifs, 46500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres de fuel, ainsi que le déboisement de 1513 hectares dont 575 de forêts primaires à l’intérieur desquelles ont été répertoriées plus de 2000 espèces végétales et animales dont 127 protégées.

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