Inclusion ou intégration ?

Inclusion ou intégration ?

Quel modèle prônons-nous dans nos fraternités ? Par Valérie Rodriguez, fraternité mission populaire de Trappes.

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Publié le 21 janvier 2015

Auteur : Valérie Rodriguez

La société française laisse, aujourd’hui, peu de place à celles et ceux qui font des choix de vie, des choix religieux ou idéologiques un peu hors du commun, extrêmes pourrait-on dire – et non pas extrémistes… Il faudrait que cette société soit parfaitement lisse, sans aspérité aucune, ou bien qu’elle mette en lumière des aspérités légères, de celles qui ne dérangent pas. On peut accepter l’autre différent à condition qu’il ne soit pas trop différent et surtout qu’il ne revendique pas cette différence.

Le modèle que prône aujourd’hui la société française est davantage un modèle d’intégration – intégrez-vous, par la force si il le faut, et devenez comme nous, comme la « norme » – et non pas un modèle d’inclusion « Venez comme vous êtes… ». On pourrait prendre, pour illustrer ce concept, deux exemples :

Un premier exemple concerne la communauté des gens du voyage, nous ne parlons pas ici des Roms mais bien des gens du voyage français, pour certains d’entre eux depuis de nombreuses générations. Cette communauté, ou une partie d’entre elle en tout cas, a fait le choix d’un habitat singulier – la caravane – et d’une vie semi-nomade, c’est-à-dire qu’ils se déplacent une partie de l’année (le plus souvent durant les mois d’été). Ces citoyens français, qui ont fait un choix de vie hors du commun, sont sans cesse en butte aux tracasseries de l’administration, et quand une loi « inclusive » est votée (la loi Besson, qui oblige toutes les communes de plus de 5000 habitants à mettre à la disposition des gens du voyage une aire d’accueil aménagée), de nombreux maires préfèrent payer une amende plutôt que de respecter la loi. On ne veut pas de « nuisances », pas d’aspérités, il faut que chacun se « fonde dans le moule »…

Le deuxième exemple que l’on pourrait prendre concerne le port du voile qu’un certain nombre de femmes musulmanes ont fait le choix de porter. Nous ne parlons pas ici du voile intégral (niqab ou burqa) mais du simple foulard (le hijab). Ce voile a été interdit dans les établissements scolaires français en 2004. Cette loi (loi sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école) a eu pour effet l’exclusion de plusieurs jeunes filles musulmanes mises « à la porte » de leur établissement scolaire. Pourquoi au fond ce voile dérange-t-il ? Quelle aspérité insupportable met-il en lumière ?

Le fait, tout simplement, que certains de nos concitoyens sont musulmans, est-ce cela qui est insupportable ? Citons ici Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix : « L’école est un lieu d’émancipation pour les femmes et je défends la liberté de s’habiller comme on l’entend. Les femmes doivent pouvoir choisir leurs vêtements. Les fondamentalistes préféreraient qu’elles n’aillent pas à l’école. Alors si on les chasse pour des raisons vestimentaires, les fondamentalistes auront gagné le combat ! Et on aura bafoué les principes des Droits de l’Homme et de l’égalité. »

Et nous, dans nos fraternités, comment accueillons-nous réellement la différence, non pas celle qui fait de nous les champions de la solidarité, les hérauts de la tolérance, mais bien plutôt celle qui dérange ? Celle qui est revendiquée, assumée, trop visible, gênante ? Qu’en faisons-nous ? Jusqu’où sommes-nous prêts à accueillir ? Inconditionnellement ?

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