Le droit de punir, deuxième partie

Le droit de punir, deuxième partie

D’où procède le droit de punir ? Deuxième volet d'un exposé de Paul Ricoeur lu et publié en 1958 dans le cadre des Entretiens de Villemétrie.

Un contenu proposé par Forum protestant

Publié le 9 juillet 2019

Lire directement l’article sur Forum protestant

Dans cette deuxième partie de son exposé sur Le droit de punir devant le groupe des juristes de Villemétrie en 1958, Paul Ricœur rappelle que la « vieille loi de rétribution » n’avait rien de spécifiquement chrétien et que le progrès du droit pénal a été de faire porter la responsabilité de la peine à la société dans le but de défendre la communauté, une limitation qui la définit comme « institution humaine visant au service du bien humain » et permet d’éviter « la divinisation du droit de punir » qui est « précisément sa démonisation ». Dans la première partie, Ricœur s’était d’abord étendu sur « la sécularisation de l’imputation » (c’est à dire comment « le droit a décollé l’infraction de toute idée de péché »), puis sur « l’extension de la zone d’irresponsabilité de l’homme » avec les progrès de la criminologie qui tend à « disculper l’homme » en trouvant les raisons du passage à l’acte ailleurs qu’en lui-même.

2. D’où procède le droit de punir ?

Je voudrais montrer ici, plus fortement encore que tout à l’heure, que la perte d’un certain fondement théologique n’est pas la perte de tout fondement théologique mais peut-être la redécouverte d’un fondement plus vrai. Nous constatons que le droit de punir des sociétés modernes s’est éloigné en apparence de toute référence religieuse. Mais de quoi au fond s’est-il éloigné ? Essentiellement d’une théologie de la colère, de la vengeance divine. Précisément, on peut se demander si ce fondement était spécifiquement chrétien. On est tout à fait frappé de voir qu’il a précédé le christianisme, il a même précédé la société hébraïque et au fond, il appartient à la couche archaïque de la conscience religieuse, celle de l’impur, celle de la souillure ; c’est là que nous avons la théologie de la vengeance ; c’est à ce niveau de profondeur (que le DHesnard appelait la « prémorale ») que la transgression d’un interdit déchaîne une puissance destructrice sans aucun égard pour la responsabilité du coupable parce que cette puissance vindicative, au fond, ne s’occupe pas des hommes mais d’elle-même si l’on peut dire. Elle vise à restaurer l’ordre aux dépens d’une victime quelconque et c’est pourquoi, comme on le voit dans les droits archaïques, on peut punir aussi bien un enfant, un fou, un animal, une chose. On voit bien là que la sanction est antérieure à la responsabilité : le sacré exige pour le prix de son intégrité une […] 

Lire la suite sur Forum protestant

Sur le même thème

Le droit de punir, première partie

Le droit de punir, première partie

Qu’est-ce qu’on punit ? Premier volet d'un exposé de Paul Ricoeur lu et publié en 1958 dans le cadre des Entretiens de Villemétrie.

Un contenu proposé par Forum protestant

Le philosophe et le politique, Paul Ricœur et Emmanuel Macron

Le philosophe Paul Ricœur a-t-il vraiment inspiré le président de la République Emmanuel Macron ?

Un contenu proposé par Campus protestant
Paul Ricoeur, philosophe protestant

Paul Ricoeur, philosophe protestant

Le 27 février 2013, Paul Ricœur aurait eu cent ans. Réforme a publié à cette occasion un numéro exceptionnel pour lui rendre hommage.

Un contenu proposé par

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Forum protestant

Forum protestant (anciennement Forum de Regardsprotestants) est un cercle de réflexion d’intellectuels initié par le philosophe Olivier Abel qui a pour ambition de faire entendre la voix des protestants sur les sujets qui traversent la société française. Ses thématiques de travail sont multiples : économie, médecine, éthique, écologie ou vivre ensemble. Il organise une convention annuelle à l’automne.

Derniers contenus du partenaire

7e convention du Forum protestant