Le « virage » sécuritaire

Le « virage » sécuritaire

Après les attentats du 13 novembre, le gouvernement français a opéré ce que d’aucuns ont appelé un « virage » sécuritaire (création de 5000 postes dans la police et la justice, envoi du porte-avions Charles de Gaulle…).

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 17 décembre 2015

Auteur : Christophe Jacon

Ces mesures ont été bien accueillies par l’opposition et une partie du peuple français ; en son sein, certaines personnes souhaiteraient même aller plus loin en élisant, pourquoi pas, aux prochaines élections présidentielles, Marine Le Pen. Mais ce repli, ce refuge sécuritaire sont-ils une solution appropriée ? Rien n’est moins sûr. Évangélique ? Certainement pas !

La France a décidé, au lendemain des attentats parisiens, de mobiliser toutes ses forces militaires (l’engagement terrestre restant toutefois exclu) pour éradiquer ceux qui sèment la terreur aux frontières de la Syrie et de l’Irak et partout dans le monde. Une décision suivie immédiatement d’effets puisque Rakka fut intensément bombardé par les chasseurs français. Cette réponse s’apparente à la maxime biblique : « œil pour œil, dent pour dent ».

Vengeance

Cet engagement armé fait toutefois le jeu de ces barbares sanguinaires. D’abord parce que leur but est « d’attirer les “croisés” en terre d’islam et entraîner le soulèvement des masses musulmanes. » (1) Cette volonté « de pousser les pays occidentaux à s’engager procède de la vision eschatologique de Daesh. Les djihadistes font régulièrement référence à Dabiq, une ville du nord de la Syrie, qui abritera, selon eux, la bataille de la fin des temps entre chrétiens et musulmans » (2). Cet engagement armé fait le jeu des barbares aussi parce que les bombardements « à l’aveugle » feront inévitablement des « dégâts collatéraux », selon l’expression dévolue. Ces « dégâts » sont des civils, femmes, enfants. Comme en Israël, les spectateurs de ces massacres, et encore plus les familles victimes de ceux-ci, se sentiront solidaires d’une cause qui, de prime abord, ne les concernait pas. Souvenons-nous de Lamek (Genèse 4,24) : le sang appelle le sang ! D’une bombe jaillira mille kamikazes, là-bas aux frontières de la Syrie et de l’Irak, et ici, en France.

Enfin, si l’engagement militaire fait le jeu de Daesh, c’est parce qu’il donne un sens à des milliers de jeunes européens en déshérence. Ayant souvent connu l’échec scolaire et vécu la difficulté à trouver un emploi, ces jeunes se sentent exclus de la nation et trouvent en Daesh une communauté, une famille qui les accueille, les reconnaît et les valorise, par-delà les frontières. Les armes de la justice seront, à long terme, des armes bien plus efficaces pour éradiquer Daesh que les bombes lâchées par tous les avions du monde. C’est à cela que nous appelle l’Évangile : « recherchez le Royaume et sa justice » !

Paix et sécurité

Le refuge sécuritaire ne nous fournira par ailleurs aucune sécurité. Comme le soulignait Dietrich Bonhoeffer : « Il n’y a pas de paix possible sur la voie de la sécurité, car la paix est une audace, c’est une aventure qui ne va pas sans risques. La paix, c’est le contraire de la sécurité. “Sécurité” signifie méfiance qui à son tour entraîne la guerre ». Jésus ne nous invite pas à la sécurité mais à la paix et pour cela Il nous la donne : « Je vous donne ma paix. » (Jean 14,27) Apaisés, nous pouvons alors être apaisants (Matthieu 5,9). Paul invite d’ailleurs les Romains – et nous aujourd’hui – à, « si possible, le possible venant de vous, vivre en paix avec tous les hommes » (Romains 12,18). Paul ne nous accable pas d’une tâche trop lourde à porter puisqu’il dit : « si possible ». Mais, dans le même temps, il nous met face à notre responsabilité : « le possible venant de vous ». La paix entre les hommes ne tombera pas du ciel ! Il faut oser la rencontre, avoir l’audace du partage (Luc 3,11) et fuir tous les discours qui nous poussent à la méfiance. Le Dieu de Jésus-Christ nous invite à vivre de la confiance et dans la confiance.

(1) M.-A. Pérouse de Montclos, Libération, 20/11/2015, p. 18.
(2) L. Matthieu, Libération, 20/11/2015, p. 5.

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