Les supermarchés et le gaspillage alimentaire

Les supermarchés et le gaspillage alimentaire

Un rapport parlementaire envisage d’interdire aux supermarchés de jeter leurs invendus. Solution miracle pour réduire le gaspillage alimentaire ? À moins que la question ne soit plus complexe…

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 1 juillet 2015

Auteur : Christophe Benesteau

Une fois de plus, la grande distribution est montrée du doigt. Les consommateurs accusent ce symbole de notre société de consommation d’être responsable du gaspillage alimentaire. Pourtant, en France, d’après le rapport parlementaire Garot, sur les 7 millions de tonnes de déchets qui sont jetés tout au long de la chaîne alimentaire, 38 % proviennent… des ménages ; 25 % de la production agricole à cause des aléas climatiques et du fait que les agriculteurs eux-mêmes éliminent du circuit commercial des denrées non conformes aux standards. Puis, viennent dans l’ordre : la restauration (14 %), les commerces (10 %), les industries agroalimentaires (8 %) et enfin les marchés (5 %).

Si le rapport envisage de réduire ce gaspillage, par une campagne de communication adressée aux ménages, il est beaucoup plus coercitif à l’égard de la grande distribution : interdiction de jeter ! En revanche, les élèves seront toujours obligés de goûter les épinards de la cantine scolaire, sans pour autant être obligés de finir leur assiette : un repas jeté sur trois consommés ! Cette question mérite d’être débattue : quel équilibre trouver entre la volonté d’éveiller les papilles gustatives de nos enfants et la nécessité de réduire le gaspillage des cantines ?

Solidarité

Si la grande distribution est choquée par cette proposition législative, c’est parce que la plupart des hypermarchés ont mis en place depuis longtemps un partenariat avec la Banque alimentaire ou des associations caritatives locales. Elles viennent quotidiennement récupérer les denrées sorties des rayons. Mais seules les grandes associations équipées de camions adaptés et de stockage frigorifique peuvent profiter de cette opportunité (sans parler du manque de bénévoles le lundi matin à 7 h). C’est pourquoi des supérettes rurales ou de centre-ville jettent. Elles n’ont pas les volumes suffisants pour intéresser les associations, ni l’espace nécessaire pour un passage un jour sur deux.

Dans la mesure du possible ces invendus entrent dans une filière de valorisation (engrais, énergies…). Ce n’est qu’à défaut que, marginalement, des petites surfaces javellisent pour ne pas avoir à gérer la concurrence entre employés et glaneurs. Sans compter que les dons des entreprises aux associations sont défiscalisés. À titre d’exemple, en 2013, Carrefour a donné 68 millions de repas. Il est donc de l’intérêt de la grande distribution de donner plutôt que de jeter. D’ailleurs, les grands magasins ne peuvent pas bénéficier du service collectif de ramassage des ordures ménagères (comme leur nom l’indique) : ils sont donc contraints de faire collecter les déchets par des entreprises qui leur facturent aux quantités ramassées. Certaines enseignes ont également mis en place des ristournes pour les produits arrivant à péremption ou des têtes de gondole visant le « zéro gaspi ». Intérêt économique oblige, la grande distribution n’a pas attendu 2015 pour valoriser ses invendus. Il ne reste plus qu’aux ménages et à la restauration d’en faire autant.

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