L'inquiétude salvatrice
Opinion

L’inquiétude salvatrice

Si ce coronavirus était un coup de semonce ? Un dernier avertissement avant notre joyeuse indifférence aux malheurs des autres… Le point de vue de Didier Sicard, médecin, ancien président du Comité national d’éthique.

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Publié le 21 septembre 2020

Auteur : Didier Sicard

Encore faudrait-il que notre conscience suive le sauve-qui-peut, que nous ne croyons pas que notre petite personne se sauvera désormais toute seule.

D‘une tragédie, l‘humanité peut tirer un sursaut ; comme après un accident ou une maladie qui vous a mené aux portes de la mort, une nouvelle hiérarchie des actes de la vie s‘impose à notre esprit. La vaine agitation, la pensée incarcérée dans des courbes de croissance, les mouvements browniens de notre existence sans cesse engloutie dans des projets, encouragée par un monde qui nous fait entrevoir un imaginaire enserré dans les rets de l‘argent, du bien- être, débarrassé des tracas de la vie, soudain s’effacent dans un écran vide.

Il nous faut alors regarder en face notre monde, s’inquiéter plus de l‘autre que de soi-même si nous voulons survivre. Notre hétéronomie, notre dépendance des autres devient soudain une évidence. L‘humain n‘a occupé cette terre que parce qu‘il a partagé la connaissance, les fruits de la terre, pris la main de celui qui souffre, qu‘il soit porteur d‘un handicap, âgé, en détresse de ressources ou de lieu où poser sa tête. Peu à peu il a oublié le réseau qui l‘avait construit, car nous sommes tous des héritiers, des assistés (qu‘on le sache ou non), des membres d‘une communauté humaine où chacun est le prochain de l‘autre.

Qu‘une chauve-souris nous humilie à ce point est une extraordinaire métaphore de notre vulnérabilité inconsciente. Il faudra peut-être un jour la remercier de nous avoir décillé les yeux. Si nous ne sommes pas définitivement aveugles, résignés à l‘ acceptation apeurée et renouvelée d’épidémies dévastatrices qui réduiront notre population humaine d’autant de % avant de disparaître dans une quête désespérée et trop tardive de vaccin. Si nous restons dans le « business as usual », alors ne  réclamons pas le statut d‘humain fier de son cerveau et épris d‘humilité devant son ignorance de la transcendance qui l‘entoure.

Heureusement l‘humain est probablement plus capable que n‘importe quelle espèce vivante de faire de sa vulnérabilité une force renouvelée, c‘est mon espérance.

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