Martin Luther King, prophète de la non-violence

Prophète de la non-violence

Très tôt, naît en Martin Luther King un sentiment de révolte face à l’injustice. Ce fils de pasteur incarnera la lutte du peuple noir américain.

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Publié le 3 avril 2018

Par Corinne Gendreau, pasteure Bassin d’Arcachon. 

Martin Luther King naît en 1929 à Atlanta dans une famille relativement aisée. Son père est pasteur de l’Église baptiste Ebenezer. Très tôt, ses parents lui inculquent l’idée que la couleur de sa peau n’enlève rien à la valeur de son être ; son père lutte déjà contre la ségrégation à Atlanta, et le petit Martin se met à haïr la discrimination qu’il tient pour « inexplicable rationnellement et injustifiable moralement ».  C’est un élève doué. Il entre au collège universitaire Morehouse à 15 ans. Bien que son envie de servir l’humanité est une évidence, la question du rôle de la religion dans une réflexion moderne germe en lui. Après avoir hésité à devenir enseignant, King se fait finalement ordonner pasteur en 1948 ; il dit : « Désormais, cette voie me paraissait de nouveau inéluctable. J’éprouvais un sentiment de responsabilité auquel je ne pouvais me soustraire. »

Voulant approfondir sa formation, il entre au séminaire Crozer à Chester en Pennsylvanie à 19 ans, en septembre 1948, et obtient sa licence en 1951. Il s’inscrit alors à la faculté de théologie de Boston et termine ses études en 1955 par un doctorat en théologie systématique : Étude comparée de l’idée de Dieu dans la pensée de Paul Tillich et de Henry Nelson Wieman. Martin considère l’Église comme son second foyer. Il pense que sa vie en Église a développé son aptitude à s’entendre avec autrui. L’éducation biblique qu’il avait reçue s’inscrivait dans « le droit fil du fondamentalisme », sans aucun doute sur l’infaillibilité des Écritures. Martin, qui a un goût prononcé pour le questionnement, commence dès ses 12 ans à adhérer à la critique biblique ; il abandonne le fondamentalisme biblique et est attiré par le « libéralisme ». Il écrira : « Mon penchant libéral était peut-être aussi enraciné dans la grande empreinte qu’avaient laissée en moi divers théologiens de gauche et dans mon désir permanent de me montrer optimiste envers la nature humaine. » Quelle que soit sa réflexion théologique, il est remarquable que King essaie toujours de vivre l’Évangile dans l’espérance, la paix et le respect d’autrui.

Lecture et critique de Marx

La pensée de King a été structurée par des rencontres et des lectures. Bien sûr, ses parents ont été les premiers à transmettre à Martin la valeur du combat pour la justice et la dignité humaine. Ensuite, à Morehouse, en 1944, il a découvert la théorie de la résistance passive avec la lecture de l’essai de Henri David Thoreau, La désobéissance civile : du devoir de désobéissance civique. King est alors convaincu que « le refus de coopérer avec le mal est une obligation morale, tout autant que la coopération avec le bien ». Sa pensée s’affine avec de nombreuses lectures, de Walter Rauschenbusch, à Karl Marx ; lectures toujours faites avec un esprit critique, retenant ce qui sert sa cause et rejetant ce qui pourrait lui nuire. Par exemple sa lecture de Marx lui fait rejeter le communisme : « Le communisme tel qu’il se veut, c’est-à-dire séculier et matérialiste, ne fait aucune place à Dieu. Cela, je ne pourrais jamais l’accepter, car en tant que chrétien je crois qu’il y a dans cet univers une puissance personnelle créatrice qui est le terreau et l’essence de toute réalité… Cette dévalorisation de la liberté individuelle me paraissait déjà inadmissible. » Mais King est aussi conscient de la perversité du matérialisme capitaliste ; il lutte alors contre la pauvreté, inquiet du « gouffre entre la richesse superflue et le dénuement intolérable ». King s’interroge sur l’efficacité de l’amour comme outil de résolution des problèmes sociaux.

Lecture et pratique de Gandhi

Il lit Niebuhr et sa critique de la doctrine pacifiste. Mais il trouve Niebuhr trop pessimiste au sujet de la nature humaine, et sous-estimant le remède de la grâce. C’est alors que la prédication du Dr Mordecai Johnson, fraîchement revenu d’Inde, va orienter King vers la lecture de Gandhi, dont il gardera une fascination certaine pour ses campagnes de résistance non violentes. Il écrit alors : « Gandhi a probablement été la première personnalité de l’Histoire qui ait su élever l’éthique d’amour formulée par Jésus au-dessus de la simple interaction entre les individus, pour en faire une force sociale et collective. Grâce à l’importance accordée par Gandhi à l’amour et à la non-violence, j’ai découvert la méthode que je cherchais pour parvenir à une réforme sociale. » Ainsi doté d’une philosophie sociale positive, il s’engage totalement dans une quête non violente de justice sociale pour les opprimés ; c’est un véritable combat de résistance qu’il mènera avec brio « à l’aide de l’amour en lieu et place de la haine ».

King a toujours œuvré pour la paix. Pourtant, la réaction primaire du jeune Martin devant les humiliations et injustices faites aux Noirs a été la haine ; mais ses parents lui ont appris le devoir de chrétien d’aimer plutôt que de haïr. L’effet positif Monument que la ville d’Uppsala a fait construire en hommage à Martin Luther King, adepte de la non-violence active d’un tel enseignement a été que King s’est lancé dans la lutte contre la ségrégation et ses injustices dans le respect des personnes, noires ou blanches, en sublimant sa haine en un combat non violent ; il s’avère un excellent orateur et communicant, et obtient notamment le soutien timide de J.-F. Kennedy.

Reconnaissance et dénaturation de son combat

Malgré de nombreux obstacles, des attentats ou des emprisonnements abusifs, King, parfois ébranlé ou apeuré, ne renoncera jamais à son combat qu’il vit comme un nouvel exode pour son peuple, un nécessaire combat pour la liberté. La reconnaissance de l’action de King vient de l’extérieur ; en effet, il reçoit le prix Nobel de la paix en décembre 1964 à Oslo. Son combat s’élargira à la lutte contre la pauvreté ou contre les bombardements au Vietnam en août 1965. Son ouverture et son refus de la haine conduisent à une rupture dans l’unité pour la lutte contre la ségrégation en 1965. C’est le moment où il semble que King soit dépassé par une aile violente du mouvement composée de jeunes qui adoptent le slogan « Black Power » et menée par Watts et Stokely. Les marches et chants pacifiques sont remplacés par des destructions et l’expression d’une haine envers les Blancs. Très lucidement, King milite pour la nécessaire implication des Blancs dans la lutte car les Noirs ne représentent que 10 % de la population ; ses propos sont fermes : « Il est stupide de penser que nous allons obtenir la liberté par nous-mêmes ou que nous pourrions sortir vainqueurs d’une campagne de violence ».

King n’est pas écouté, et malgré lui, le combat se met à utiliser les mêmes méthodes que l’oppresseur, à savoir la haine et la violence. C’est dans un contexte d’agitation dans la lutte pour la liberté qu’il est assassiné il y a 50 ans, le 4 avril 1968. La veille, il disait : « La vie est une perpétuelle histoire de rêves brisés… Et ce qui me rend heureux, c’est que je peux entendre une voix crier du fond des temps pour me dire : «Peut-être que tu n’y arriveras pas aujourd’hui ou peut-être que tu n’y arriveras pas demain, mais il est bon que cette pensée soit dans ton cœur. Il est bon que tu essaies… Le rêve ne se réalisera peut-être pas. Mais il est bon que tu aies le désir d’en faire une réalité. »

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