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Mobilités : et si on changeait d’angle de vue pour regarder le problème ?

Les mobilités éloignent plus qu’elles ne rapprochent. Paradoxe d’un monde où la vitesse est érigée en dogme, et où la comptabilité fonctionne en silo, sans intégrer les externalités d’une décision politique ou économique.

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Publié le 14 septembre 2020

Par Ludovic Bu, développeur d’entreprises

Partout, pour des questions présentées comme rationnelles économiquement, on ferme des écoles, des hôpitaux, des services publics, des commerces de proximité, remplacés par leurs équivalents concentrés dans quelques centres urbains. Ces fermetures, regardées une par une, semblent rentables. Mais ce mouvement se fait au détriment de l’équilibre de nos territoires, au détriment de nos villages qui perdent toute vie collective, au détriment de ceux qui choisissent de rester y vivre et doivent alors se déplacer bien plus et bien plus loin. Ces fermetures provoquent l’allongement des distances, et donc la motorisation des déplacements. Elles provoquent la fatigue et l’isolement, deux des leviers du mouvement des Gilets jaunes.

Depuis des décennies, les transports compensent les décisions économiques étriquées… Par exemple, une école qui ferme, ce sont des économies pour l’Éducation nationale, mais aussi des dizaines de gamins qui, au lieu d’aller en classe à pied ou à vélo, se retrouveront coincés dans un bus une à deux heures par jour. Bus payé à perte par la collectivité. Un hôpital local qui met la clef sous la porte, ce sont des économies pour le ministère de la Santé, mais aussi des milliers de trajets vers la ville et en voiture qu’il faudra effectuer, certains étant en plus remboursés par la Sécurité sociale, qui creusera ainsi son déficit. Et ainsi de suite.

Pour faire face à cette situation, tous les transporteurs, vendeurs de voitures, de trains et de bus, poseurs de rails et constructeurs de routes nous vantent leurs services comme devant permettre de mieux nous déplacer. Demain. Après les travaux. Et, depuis soixante ans, demain n’arrive jamais. En revanche, les travaux durent toujours, augmentant le chiffre d’affaires de ceux qui nous promettaient la lune.

Dans cette lignée, les mêmes, et quelques autres dont les politiques, hypnotisés par la promesse technologique, laissent entendre qu’avec la voiture autonome ou à hydrogène, avec les taxis volants et autres balivernes dignes des meilleurs livres de science-fiction des années soixante-dix, tous les problèmes seront réglés… Il n’en sera évidemment rien, puisque gérer des déplacements est avant tout un problème de tuyaux et de flux, et qu’on ne règle pas un problème de bouchon en augmentant le débit.

Et si on changeait d’angle de vue pour regarder le problème ?

Et si, au lieu de vouloir toujours plus de moyens de se déplacer, on cherchait à se déplacer moins ? Ou moins loin ? Le rôle des décideurs politiques, les attentes des citoyens sont-ils d’augmenter les recettes des vendeurs d’acier et du BTP, ou de rendre la vie plus agréable ? Dans cette seconde optique, pourrait-on subventionner les déménagements et les loyers de logements qui permettraient de réduire les distances à parcourir, plutôt que les cartes d’abonnements aux transports en commun et les abattements fiscaux pour l’usage de la voiture ? Pourrait-on intégrer les économies réalisées sur les constructions de routes au calcul de rentabilité d’un hôpital ou d’une maternité comptant peu de lits ? Pourrait-on diminuer le prix des denrées chez les commerçants locaux grâce à des aides aux citoyens qui les fréquentent, plutôt que de construire des routes desservant les centres commerciaux dévoreurs de terres ?

Faire preuve d’imagination pourrait aider à résoudre la quadrature du cercle. Ou alors, nous aurons + 4 degrés, et la planète deviendra plutôt hostile pour les humains. À nous de voir quel futur nous préférons !

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