Point de vue sur ronds-points

Point de vue sur ronds-points

Thierry Faye, ancien pasteur, actuellement en reconversion professionnelle dans l'agriculture, a rejoint tôt le mouvement dans la région de Draguignan. Il partage ce qu’il a vu et entendu.

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Publié le 20 avril 2019

En tant que vieux baroudeur des manifs, j’ai tout d’abord été frappé par le nombre de femmes, majoritaire, et quand les femmes descendent dans la rue et rentrent en courant pour récupérer les enfants à la sortie de l’école c’est que le malaise est enraciné et profond. Ensuite, pour beaucoup de gens c’était la première fois qu’ils « descendaient dans la rue ». Ce mouvement de contestation, qui est représentatif d’une France en colère qui se sent prise à la gorge et dans un malaise profond de société, est un mouvement protéiforme, apolitique, réunissant des gens très divers dont beaucoup de « travailleurs pauvres ».

Les ronds-points ou les nouvelles agoras

L’agora, lieu de commerce et d’échanges était au cœur de la démocratie grecque. C’est dans de tels lieux que l’apôtre Paul prononce son fameux discours à Athènes (Actes 17, 16 à 34). Il est intéressant de voir que ce sont ces croisées des chemins qui ont été investies par les GJ et qui sont devenues des lieux de rencontres, de sociabilisation, d’échanges et de réinvestissement du politique au sens noble du terme : l’intérêt et la participation à la vie de la cité.

Réappropriation d’un pouvoir politique

Il existe un sentiment commun aux GJ : la défiance vis-à-vis de la démocratie représentative et une demande forte de « démocratie participative » où les citoyens puissent s’exprimer et cogouverner avec les dirigeants élus. C’est la raison pour laquelle le RIC a trouvé un tel écho auprès des GJ. Plus qu’être écoutés et entendus, les citoyens désirent avoir un pouvoir politique réel plus important que le simple « droit de vote ». C’est aussi la difficulté pour ce mouvement d’avoir des « représentants ». Tous ceux qui se veulent représentatifs du mouvement prennent un pouvoir qui devient immédiatement suspect.

Du « pouvoir vivre » au « pouvoir d’achat »

Parmi les premières revendications des GJ il y avait celle d’un « pouvoir vivre dignement de son travail ». Il est stupéfiant de voir comment cette revendication a été reprise dans la terminologie du « pouvoir d’achat » ! Il y a là une récupération et falsification de la demande initiale pour qu’elle rentre dans les codes admis du bon comportement de « l’homo économicus ».

La découverte de la manipulation et de la brutalité légale

Beaucoup de GJ ont été stupéfaits des méthodes employées pour décrédibiliser le mouvement. D’abord sur les chaînes d’informations où, tour à tour, les GJ ont été des anti-écolos, des casseurs, des extrémistes, des racistes, des chemises brunes, des radicaux et aujourd’hui des antisémites. Beaucoup de manifestants pacifiques que je connais ont aussi fait les frais des brutalités légales et ont découvert la violence d’état.

Le point noir : la récupération et les fake news

Les réseaux sociaux sont un des points essentiels pour l’organisation des GJ. C’est aussi leur point faible. Un nombre incroyable de rumeurs sans fondement circulent sur les réseaux sociaux. Face à l’orientation anti GJ des médias « autorisés », ces fake news trouvent un écho auprès des GJ. Dans l’ancien testament les prophètes comme Amos ou Esaïe dénoncent les injustices sociales comme rendant inaudible à l’oreille de Dieu lui-même le culte qui lui est rendu : « Éloigne de moi le brouhaha de vos cantiques, le jeu de tes harpes, je ne veux pas l’entendre. Mais que le droit jaillisse comme l’eau et la justice comme un torrent intarissable » (Am 5, 22-23). Il me semble donc essentiel que des mouvements comme la Mission Populaire, mais bien d’autres encore, entrent dans le débat. Pas le « Grand débat » qui laisse beaucoup de GJ au minimum dubitatifs, mais celui de l’agora afin de porter un message de résistance et d’espérance…

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Présence est le journal de la Mission populaire évangélique de France. Il paraît 4 fois par an et propose notamment des nouvelles de 13 « Frats » (lieux d’accueil) du mouvement. Après une refonte graphique en 2017, la revue trimestrielle dévoile une nouvelle formule en avril 2018.

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