Quelles solutions pour la planète ?
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Quelles solutions pour la planète ?

Quelle place pour l’humain au sein de la création ? Est-il un animal comme un autre, voire un vivant comme un autre, ou a-t-il une place spécifique en surplomb qui lui donnerait des droits sur la nature ?

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Publié le 20 avril 2020

Auteur : Brice Deymié

Aujourd’hui certains courants de l’écologie dénoncent la pensée dominante anthropocentrique qui serait une des causes essentielles de la catastrophe à venir. Cette écologie radicale ou « écologie profonde » considère que la manière dont l’homme interfère avec le monde non humain est excessive et nuisible ; elle demande que l’homme s’adapte à la nature, et non l’inverse. La résolution de la crise écologique actuelle devra donc nécessairement passer par une révolution anthropologique qui essayera de retrouver l’harmonie perdue entre l’homme et la nature.

Si nous épuisons les ressources terrestres, disent certains, c’est que la Bible a forgé depuis des millénaires l’idée que l’homme doit nécessairement dominer la terre.

Ainsi Aldo Leopold (1887-1948), que l’on peut considérer comme le père de l’écologie moderne, écrivait que « l’écologie n’arrive à rien parce qu’elle est incompatible avec notre idée abrahamique de la terre1 ». Ce qu’il veut dire par là, c’est que la Bible a, d’une certaine manière, conceptualisé le temps linéaire, qui s’oppose au temps cyclique propre à beaucoup de civilisations païennes. Abraham est symboliquement celui qui matérialise ce temps progressif quand, sur ordre de Dieu, il quitte sa terre natale pour rejoindre la Terre promise. Par ce geste inaugural, Abraham donnait naissance à l’idée de progrès qui allait caractériser le développement de notre civilisation.  Comme l’a écrit Jean Servier : « La marche du progrès des techniques a retrouvé les trois étapes de la mystique juive retraçant dans le temps la marche vers la Terre promise2 . »

Autre reproche que peuvent faire les défenseurs d’une ligne écologique dure à la Bible, c’est la désacralisation de la nature, comme l’exprime Michel Serres : « Le monothéisme a détruit les dieux locaux, nous n’entendons plus les déesses rire parmi les sources, ni ne voyons les génies paraître dans les frondaisons ; Dieu a vidé le monde. »

Les deux textes de création du monde que l’on trouve au début de la Bible, dans le livre de la Genèse, sont, certes des textes mythiques, mais ils présentent les éléments naturels comme n’ayant aucune existence autonome et presque chosifiés par Dieu : « Dieu dit : “Que la terre se couvre de verdure, d’herbe qui rend féconde sa semence, d’arbres fruitiers qui, selon leur espèce, portent sur terre des fruits ayant en eux-mêmes leur semence !” » (Genèse 1, 11).

Sans être un texte de science botanique, c’est une tentative très marquée de désacraliser la nature. Dans son ouvrage, Les Racines historiques de notre crise écologique, l’universitaire américain Lynn Whyte (1907-1987) est le premier à soutenir que la philosophie judéo-chrétienne de désenchantement du monde avait induit une conduite écologique irresponsable de la part des hommes qui appliquent à la lettre le commandement de Dieu dans la Genèse : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. » (Genèse 1, 28).

Ces critiques sont tout à fait recevables, mais pour la plupart elles occultent que cette matérialité de la création induite par le texte biblique a permis une désaliénation de l’homme par rapport aux forces occultes de l’univers. L’homme moderne est né de cette désacralisation pour le pire, mais aussi pour le meilleur, ne l’oublions pas. Cette conscience de la position de l’homme dans la nature doit cependant nous faire réagir. Faut-il revenir aux temps cycliques des peuples anciens pour mieux intégrer la nature dans notre réflexion ?

Comme l’écrivait Edward Goldsmith (1928-2009), un théoricien britannique de l’écologie radicale : « Intégré à un temps cyclique fondé sur le recommencement et le retour des choses, l’homme traditionnel accumulait des connaissances dans le seul but de toujours mieux s’adapter à la nature3 ». Nous nous devons aujourd’hui de tenter le réenchantement partiel de la nature, de la rendre à nouveau intelligente et non pas seulement intelligible, de retrouver son langage sensible et symbolique. La théologie chrétienne doit se saisir de la question écologique et, sans re-sacraliser l’environnement, permettre qu’un nouveau lien s’établisse entre l’homme et son milieu.

Ainsi le théologien protestant Martin Kopp en appelle à la conversion des imaginaires : « Nous, chrétiens, avons un discours sur le monde, sur la nature, une certaine hiérarchie des valeurs. Ne devrions-nous pas, nous aussi, être dans la critique de l’imaginaire social, à partir des écritures et de leur interprétation ? La question est d’autant plus importante pour les chrétiens que le judéo-christianisme a participé à la constitution de l’imaginaire aujourd’hui dominant. Nous avons une responsabilité à participer à la conversion des imaginaires4 ».

La crise écologique met en cause notre manière d’être, entre nous et avec la nature. Il nous faut changer cette manière d’être, découvrir une autre façon de vivre en commun, en intégrant nos rapports à la nature. Ce commun est à l’horizon, on ne peut le chercher dans le passé.

1 Aldo Leopold, Almanach d’un comté de sable, Paris, Garnier-Flammarion, 2000, pp. 14-15.
2 Jean Servier, Histoire de l’utopie, Paris, Gallimard, « Folio », 1991, p. 378.
3 « L’avenir de la Terre », Krisis, nos 20-21,novembre 1997, p. 28.
4 « Décroissant parce que chrétien », Projet, no 347, 2015.

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