Hommage

Samuel Paty, un an après : quel hommage lui rendre ?

Samedi 16 octobre, cela fera un an que l’enseignant Samuel Paty a été assassiné par un fanatique tchétchène pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet. Les professeurs se préparent à lui rendre hommage dans leurs classes.

Un contenu proposé par Le blog de Camille Verdi

Publié le 13 octobre 2021

Auteur : Camille Verdi

Alors que la France prépare un hommage national, le 15 octobre à Samuel Paty, les professeurs se questionnent sur la meilleure façon d’honorer sa mémoire. L’enseignant a été assassiné, le 16 octobre 2020, par un jeune tchétchène radicalisé. Au-delà des gestes symboliques, qui pour certains ne suffisent pas, comment faire réfléchir sur la liberté d’opinion, la liberté d’expression, et sur les enjeux sous-tendus par l’acte de Samuel Paty, qui avait décidé de montrer des caricatures de Mahomet à ses élèves, provoquant la fureur de son meurtrier ?

Comment rendre hommage ?

Pour Valérie Hanin, professeure d’histoire-géographie au lycée, rédactrice en chef de la revue L’Histoire, « il est très important que les professeurs soient formés pour réagir », comme elle l’explique sur France Culture. En effet, plus qu’un hommage cérémoniel qui ne ferait pas réellement réfléchir les élèves et ne serait pas formateur pour les professeurs, c’est une réflexion contextualisée qu’il faut mener, et faire attention à ne pas transformer Samuel Paty en une idole, continue la professeure. « Il ne faut pas transformer des hommages en séances solennelles, au risque de réintroduire du sacré dans l’enseignement. La liberté d’expression doit être enseignée, tout au long des années d’apprentissage, avec de temps en temps un hommage sans qu’on ait une idole. » Christophe Naudin, professeur d’histoire-géographie au collège, est d’accord avec cette idée et dubitatif quant aux propositions du ministre de l’Éducation pour rendre hommage à Samuel Paty. En effet, l’hommage ne doit pas être de l’ordre du symbole, la minute de silence ne suffit pas. Au contraire, l’enseignant entend faire travailler ses élèves « sur des documents qui pourront les faire réfléchir, et pas juste vers la lettre de Jaurès et une minute de silence. »

Samuel Paty, figure de la résistance

Pour Anne Simonin, historienne, directrice de recherche au CNRS (Centre d’Études Sociologiques et Politiques Raymond Aron, CESPRA-EHESS), il est nécessaire de parler du contenu du cours de Samuel Paty et de la façon dont il s’est déroulé, or pour elle, la plupart des médias s’arrêtent aux portes de ce cours, analysant ce qu’il s’est passé à l’extérieur. Selon l’historienne, Samuel Paty nous enseigne quelque chose par la façon dont il a mené son cours. « Samuel Paty, on ne le construira comme cause que si l’on ancre dans une tradition, celle de la résistance. Dans le monde sécuritaire dans lequel on vit aujourd’hui, Samuel Paty nous enseigne sur la notion de liberté. Fallait-il oser dessiner ces caricatures de Mahomet ? ». L’historienne pense en effet que Samuel Paty « a essayé de faire exister deux conceptions de la liberté qui ont du mal à cohabiter : la liberté d’opinion et la liberté d’expression. Je suis épatée par le fait qu’il ait posé ce problème et qu’il ait tenté de le résoudre. «  En effet, en proposant aux élèves susceptibles d’être choqués par la caricature de sortir de classe ou de détourner les yeux, Samuel Paty a respecté la liberté d’opinion, à savoir le fait pour ses élèves d’avoir le droit d’être en désaccord avec le dessin. Mais en même temps, en faisant son cours, il savait que dans un cadre scolaire républicain, il était en droit de les montrer, à savoir de faire preuve de liberté d’expression.

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