Sommes-nous accessibles ?

Sommes-nous accessibles ?

Ça fait dix ans que tout le monde pouvait se préparer à rendre accessible les lieux accueillants du public. Et voilà que le gouvernement repousse encore les délais, voyant que la première décision n’avait pas été accompagnée, que personne n’était prêt et qu’il devait aussi de son côté simplifier les normes et être davantage pragmatique.

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Publié le 13 octobre 2015

Auteur : Joël Dahan

J’ai assisté à plusieurs réunions d’Églises dans différents lieux et instances où on ressortait à chaque fois soulagé lorsqu’un nouveau délai était envisagé, tant la charge financière semblait lourde. Mais l’accessibilité n’est pas d’abord une question d’argent mais de vision et de compréhension de ce que sont la vie communautaire et la mission de l’Église dans la Cité.

Une église accessible 

En construisant le temple « des Asiles de la Force » au 19siècle, John Bost avait évidemment pensé l’accessibilité pour les fauteuils et lits roulants et avait même prévu des alcôves au fond, pour que des personnes épileptiques, sujettes à de nombreuses crises, puissent être mises à distance des autres par un rideau que l’on pouvait discrètement tirer, et pour qu’elles soient ensuite prises en charge s’il le fallait. Le mot accès a une racine qui signifie « s’approcher de… ». Qui peut s’approcher ? Non pas de l’autel, mais de la table de communion, c’est-à-dire des autres ? Car ce ne sont pas uniquement les lieux qui doivent être rendus accessibles, mais nos cultes, notre langage, notre musique et… nous-mêmes ! Être témoin, c’est être disponible pour accueillir, mais cela ne suffit pas : il faut aussi se rendre accessible. Ne dit-on pas d’une personne froide ou hautaine qu’elle est inaccessible ? J’ai entendu une fois une personne qui me disait que c’était aux personnes qui nous rejoignaient de faire l’effort d’apprendre nos psaumes, le déroulement de nos cultes, la culture protestante… Dans le fond, elle disait quelque chose de vrai et nécessaire, même si la démarche de la rencontre est à double sens. Mais elle avait oublié de penser la rampe, l’ascenseur qui allait permettre à la personne de ne pas rester découragée sur le seuil de la porte ou sur le seuil de la liturgie, de l’histoire, de la culture, de la communauté.

Privilégier la promesse 

Comment faire en sorte que les enfants, les étrangers, les personnes handicapées, les personnes alcooliques et malades, ne deviennent pas « accessoires », en plus, si on a le temps, la disponibilité, les sous… ? Quel geste, quelle parole, quelle pédagogie, quelle organisation, et même quels ministères reconnus peuvent-ils être pensés par les conseils des Église locales pour que l’Évangile soit accessible à tous ? Un dictionnaire indique que le verbe « accéder » signifiait, dans un registre juridique ancien, « se joindre à quelqu’un dans un engagement ». On a bien ici l’idée de rejoindre un autre, mais aussi la notion de contrat, d’engagement. Repousser l’application de la loi, c’est casser l’engagement pris avec de nombreux citoyens qui avaient confiance dans l’État et dans les institutions pour faire appliquer la loi. D’ailleurs, l’État a été condamné en juillet dernier, pour ne pas avoir trouvé de place à des enfants autistes dans des structures adaptées. L’accessibilité n’est pas qu’une question de rampe d’accès. Maintenir nos Églises et leur témoignage inaccessibles, c’est casser la promesse que l’Église a faite à chaque baptisé qu’il aura toujours sa place, unique, singulière. C’est aussi renoncer à accueillir celui ou celle qui, sur le seuil, hésite ou n’arrive pas entrer.

L’appel du Christ 

L’obligation de rendre les Églises accessibles aux personnes à mobilité réduite est une belle occasion pour penser en amont ce que nous voulons vivre au sein des locaux et au sein de la communauté. Sinon, tous les moyens coûteux en argent et en énergie humaine se réduiront à un zèle ou à une obéissance stérile à la loi, loin de la volonté du Christ, répétée aux disciples, de laisser venir à lui les plus petits, les malades et les plus vulnérables.

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