Vieillir derrière les barreaux

Vieillir derrière les barreaux

En France, un détenu sur 10 a plus de 50 ans. Le vieillissement en prison demeure un problème crucial car le suivi des personnes est insuffisant et les conditions d'accueil inadaptées.

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Publié le 13 décembre 2018

Par Philippe Le Pelley Fonteny, bénévole d’accompagnement aux Petits frères des pauvres

Le vieillissement et la santé en prison sont des problèmes majeurs du fait qu’il s’agit d’un lieu anxiogène et délétère. En effet, par l’exiguïté des cellules (9 m²) pour cause de surpopulation en maisons d’arrêt, le corps est soumis à de fortes tensions. Promiscuité, hygiène déficiente, solitude, violence et pathologies du grand âge résument les affres de la prison pour cette population invisible. La proportion de personnes malades au moment de leur incarcération est, à âge égal, largement plus importante que dans la population générale. On estime qu’un écart entre l’âge civil et l’âge physiologique peut aller de 10 à 15 ans de plus.

Ces personnes arrivent en prison avec une santé fragile et une détection tardive d’une maladie grave (cancer, tuberculose…). Le maintien en prison des détenus âgés pose des problèmes éthiques majeurs. La personne dépendante, souvent âgée ou handicapée, est privée d’aide et d’autonomie (environ 340 en France). Il manque cruellement d’auxiliaires de vie pour leur faciliter la vie même si ce service du quotidien existe dans une soixantaine d’établissements.

Simplement une question de dignité humaine…

Alors ne devrait-on pas les accueillir dans des unités plus adaptées ? Beaucoup de détenus âgés ne vont pas en promenade, quelquefois au culte, sinon c’est 24h/24 en cellule, seul ou avec des codétenus qu’il faut supporter (tabac, télévision à toute heure, injures, vol, intimité bafouée…)

La suspension de peine pour raison médicale, prévue par la loi du 4 mars 2002, est appliquée de manière très restrictive. Les professionnels des unités sanitaires font ce qu’ils peuvent pour cette population car il n’y a pas d’accompagnement social, faute d’effectif. Le constat est grave et inquiétant. En amont, la détection des maladies est insuffisante par manque de moyens humains et financiers. L’extrême isolement des personnes détenues est une source de troubles psychosomatiques. Une vulnérabilité immense face à laquelle les surveillants sont en situation d’impuissance.

Cette situation alarmante n’intéresse pas la majorité des hommes politiques soucieux du vote de leurs électeurs ni les citoyens français plongés dans la crise.

Des bénévoles formés

Les bénévoles d’accompagnement formés et encadrés constituent une soupape aux souffrances corporelles et psychiques subies par ces personnes extrêmement vulnérables dont certaines en état de mort sociale.

« Je veux bien que le médecin me pique pour rejoindre mon épouse au cimetière », m’a dit un jour un monsieur de 80 ans.

Les Petits frères des pauvres est une association reconnue par l’administration pénitentiaire. Les bénévoles ont une formation initiale après deux entretiens pour discerner leurs motivations, leur travail sur la mort et les deuils qui ont pu les affecter. Des groupes de parole animés par une psychologue sont obligatoires une fois par mois.

Les malades ont un besoin élevé de se livrer sans témoin car ils sont habités par un mal-être profond. Nous leur permettons de lâcher des mots sur leurs maux, de déposer des morceaux de vie. Ils nous confient que cela leur fait beaucoup de bien.

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