L’évangile du dimanche 26 mai

Matthieu 28.16-20 – Jésus envoie ses disciples en mission

Introduction

Jésus retrouve ses disciples sur une montagne en Galilée. La Galilée est le pays de leur origine, le lieu où ils ont été appelés par Jésus et où ils ont cheminé ensemble. C’est de ce lieu qu’ils reçoivent une nouvelle vocation.

Et la montagne est dans l’évangile de Matthieu le lieu où Jésus a délivré son sermon le plus célèbre, où il a multiplié les pains et où il a été transfiguré. Dans la Bible, la montagne est comme le désert, c’est un lieu à part où l’on se rapproche de Dieu. Ici, c’est le lieu de la rencontre avec le ressuscité.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Quelques-uns eurent des doutes

Dans le passage parallèle de l’évangile de Luc, lorsque le ressuscité se manifeste aux disciples, ces derniers n’ont pas de doutes, mais sont saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. Il les rassure et leur montre ses mains et ses pieds et partage avec eux un poisson grillé.

Si nous avons du mal à croire à la résurrection, nous pouvons nous consoler en nous disant que je nous ne sommes pas seuls. Les disciples à qui Jésus l’avait annoncée et qui ont vu le ressuscité de leurs yeux ont aussi eu des doutes.

Il vaut mieux avoir des doutes que de considérer que la question de la résurrection ne nous concerne pas.

Tous les jours

Je suis avec vous tous les jours, dit Jésus au moment où il quitte ses disciples. Après l’Ascension, jamais Jésus n’aura été aussi absent pour ses disciples, pourtant jamais il n’aura été aussi présent non plus.

Nous pouvons recevoir cette promesse pour nous aujourd’hui : que nous le sachions ou pas, ou que nous y pensions ou non, le Christ est à nos côtés tous les jours, c’est-à-dire aujourd’hui.

Pistes d’actualisation

1er thème : Toute autorité m’a été donnée

En grec, le mot autorité, exousia, signifie étymologiquement en grec à partir de l’être. Jésus parle avec autorité car ce qu’il dit vient de ses profondeurs, il habite sa parole, si nous manquons d’autorité, c’est peut-être que nous ne sommes pas assez authentiques dans notre parole. Quand Jésus parle d’autorité, il parle de la vérité et de l’authenticité de sa parole.

Une autre étymologie du mot autorité se réfère au verbe latin augere qui signifie augmenter,faire grandir. Le but de cette autorité est d’autoriser, de rendre l’autre auteur à son tour, responsable, créateur de sa propre histoire. La parole d’autorité est la parole qui touche celui qui la reçoit dans son intimité et qui le fait grandir.

2e thème : Faites de gens de toutes les nations des disciples

Dans le livre des Actes des Apôtres, au moment de son ascension, Jésus a adressé cette même mission aux disciples : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Mais les disciples ont eu du mal à entendre cette vocation. Ils sont restés à Jérusalem et c’est la persécution qui les a conduits au loin.

La mission de l’Église est de porter la parole jusqu’aux extrémités du monde. Le philosophe juif Franz Rosenzweig a dit sa reconnaissance au christianisme d’avoir fait connaître le message de la Bible hébraïque sur les cinq continents et jusque dans les îles les plus lointaines, évoquant une complémentarité entre la synagogue et l’Église. La mission de l’Église est l’universel.

3e thème : Baptisez-les

La marque du disciple est d’être baptisé. Le baptême n’est pas un simple acte rituel, c’est une réalité à vivre tous les jours. Tous les jours, nous devons mourir avec le Christ, mourir à l’orgueil, à l’égoïsme, à l’indifférence, et à l’incrédulité et tous les jours nous devons ressusciter avec le Christ, renaître à l’espérance, à la confiance, au pardon et à l’amour de Dieu.

Baptiser toutes les nations, c’est appeler les hommes et les femmes à vivre de cette réalité du baptême, de telle sorte que la foi chrétienne n’est pas autre chose qu’un baptême quotidien.

Une illustration : la Trinité

Les apôtres sont appelés à baptiser au nom du Père, du fils et de l’Esprit. Les évangiles ne définissent pas le dogme de la Trinité qui a été formalisée à partir du IIIe siècle, mais pose la question trinitaire.

Pour penser la Trinité, un commentaire, un sage a posé une question basique. Entre le père et l’enfant, quel est le plus âgé. La réponse est évidente, c’est le père, mais on peut aussi dire que le père est aussi âge que son enfant car il n’est père que depuis qu’il a un enfant. Le père n’est père que parce qu’il a un enfant et l’enfant n’est vivant que parce qu’il a un père. Il en est de même des personnes de la Trinité, elles sont différentes, mais elles ne peuvent se comprendre qu’en relation avec les deux autres.

L’épître du dimanche 26 mai

Rm 8.14-17 – Nous sommes enfants de Dieu

Le contexte – L’épître aux Romains

La lettre aux Romains se singularise dans le corpus paulinien en ce qu’elle est la seule épître qui s’adresse à une communauté inconnue de l’apôtre. Quand il rédige sa lettre, Paul n’est jamais allé à Rome, même si les salutations finales révèlent qu’il connaît de nombreux membres de cette Église (Rm 16.1-15).

Cela lui permet de faire un exposé complet de son Évangile qui repose sur le grand principe du salut par grâce : Ce qui nous rend justes devant Dieu, ce ne sont pas nos actes de justices, mais l’amour du Christ qui nous appelle à la justice. Tout au long de son épître, il développe ce principe sous toutes ses coutures. 

Le chapitre 8 est le dernier de cette partie théorique dans lequel il résume la foi chrétienne en une proposition : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers. »

Que dit le texte ? – Héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ 

Non seulement nous sommes enfants de Dieu, mais nous sommes héritiers de Dieu. La foi comme héritage. Le propre d’un héritage est que nous n’avons rien fait pour le mériter sinon d’avoir pris la peine de naître. C’est donc une image de la grâce : nous ne sommes pas enfants parce que nous l’avons mérité, mais parce que Dieu nous a adoptés.

Non seulement nous sommes héritiers de Dieu, mais nous sommes aussi cohéritiers du Christ, c’est-à-dire que devant Dieu, nous sommes à la hauteur du Christ. 

Cet héritage nous fait entrer dans une intimité qui nous permet d’appeler Dieu Dieu : « Abba ! – Père ! » L’image de la paternité pour parler de Dieu se trouve déjà dans le Premier Testament, mais l’idée selon laquelle on peut s’adresser à Dieu en l’appelant Abba ! Père ! est une telle nouveauté qu’elle éblouit encore Paul : c’est un fruit de l’Esprit. Par l’Esprit nous entendons que nous sommes totalement aimés, accueillis, héritiers de Dieu ; et par l’Esprit nous sommes appelés à entrer dans son intimité. 

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – L’évangile du baptême

En envoyant ses disciples prêcher le baptême au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, Jésus les appelle à répandre l’Évangile du pardon et de la grâce.

Qu’est-ce que le baptême ? L’affirmation qu’un sujet est l’enfant chéri de Dieu, que pour lui Jésus-Christ est mort et ressuscité. Quand bien même il aurait été seul au monde, Jésus serait quand même venu pour lui et pour lui seul. C’est l’annonce que tout humain peut entendre cette annonce qu’il est héritier de Dieu, cohéritier du Christ. 

L’Évangile que les disciples sont appelés à vivre et à partager est un évangile de vie qui rappelle l’infinie dignité de chaque sujet. 

Le texte du Premier Testament du dimanche 26 mai

Dt 4.32-40 : l’importance de la mémoire

Le contexte – Après la libération

Les premiers chapitres du Deutéronome racontent les fondements d’Israël : l’entrée en terre promise – la nomination des juges – le don de la loi – la mise en garde contre les idoles. Après avoir posé ces quatre piliers, le texte que nous avons lu appelle à la mémoire.

Il ne suffit pas d’avoir une architecture nationale stable, il faut encore ne pas oublier d’où l’on vient et ce qui la fonde. On peut considérer l’appel à la mémoire – ce qu’on appelle aujourd’hui un roman national – comme le cinquième pilier d’un État

Que dit le texte ? – L’appel à l’intelligence

Le premier verset est un appel à revisiter son passé, et à la fin de notre texte est un appel à réfléchir. Faire mémoire, c’est interrompre l’enchaînement des jours et prendre du recul par rapport à notre temps pour discerner où nous devons aller selon l’aphorisme de Nietzsche qui dit que l’avenir appartient à celui qui a la mémoire la plus longue. Le défaut de mémoire donne des individus flottants à tout vent de doctrine comme dit l’apôtre Paul, des consciences gélatineuses toujours prêtes à se soumettre à la dernière tyrannie à la mode.

Le commandement de mémoire est fondamental dans la Bible, il s’investit particulièrement sur trois points. 

Tu te souviendras de l’Alliance. L’alliance évoque à la fois la libération et le don de la loi : considérer notre terre comme un don de Dieu et considérer l’appel à la justice comme le fondement de notre vie commune. 

Tu te souviendras que tu as été étranger. Dans la prospérité, le risque est de penser qu’on mérite ce qu’on a et de ne pas partager avec ceux qui frappent à notre porte.

Tu te souviendras d’Amalec qui est la figure du mal. Nous avons le devoir de garder les yeux ouverts sur le mal qui traverse notre monde afin de ne pas être naïf.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – L’envoi des disciples

Jésus a retrouvé ses disciples en Galilée pour leur adresser le grand envoi : Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé (Mt 28.19-20). Si l’Église existe de nos jours, c’est qu’elle est le fruit de cet envoi. Aujourd’hui encore elle est appelée à aller dans les nations pour vivre et partager l’Évangile signifié par le baptême qui dit l’amour de Dieu pour chacun de ses enfants.

Le risque principal qui menace les témoins de l’Évangile est celui de l’habitude, ce que le pape François a appelé la dégradation de l’étonnement. Pour cela nous avons besoin de faire mémoire, de revisiter régulièrement notre histoire pour que l’Évangile ne soit pas un train-train quotidien, mais qu’il redevienne tous les jours la parole qui nous fonde, nous accompagne et nous envoie.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Intervenants : Antoine Nouis, Florence Taubmann