Allez directement aux chapitres :
00:07 Lecture de Jean 20, 19-31
02:14 Commentaires du texte biblique :
02:29 L’apparition du ressuscité
04:35 L’envoi de l’Esprit
07:26 Le disciple Thomas
09:56 La foi et la vue
Le théologien Antoine Nouis reçoit Amos-Raphaël Ngoua Mouri, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, pour discuter de Jean 20, 19-31.
Le texte biblique :
Jésus apparaît à ses disciples
19. Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !
20. Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur.
21. Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.
22. Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint.
23. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.
Thomas et le ressuscité
24. Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, l’un des Douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.
25. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais !
26. Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !
27. Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi !
28. Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu !
29. Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !
Le but de ce livre
30. Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d’autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre.
31. Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.
Source : Lire la Bible.net
Commentaire du texte biblique :
Le Ressuscité, le don de l’Esprit et la foi de Thomas
Nous sommes ici dans un récit situé juste après la résurrection. Et dans l’Évangile de Jean, juste après la résurrection, il y a déjà un premier don de l’Esprit. Il faut donc essayer de comprendre ce que cela signifie.
Mais il y a surtout cette première manifestation de Jésus au groupe des disciples, sauf un : Thomas, qui n’est pas là. Puis, la semaine suivante, Jésus se manifeste de nouveau, cette fois en présence de Thomas.
L’apparition du Ressuscité
Dès le début du récit, un détail nous surprend : les disciples sont enfermés dans une pièce verrouillée, sans doute par peur. Ils ne veulent pas subir le même sort que leur maître.
Et pourtant Jésus est là, au milieu d’eux. Le texte donne presque l’impression qu’il traverse les portes, sans que l’on sache comment. C’est là toute l’étrangeté du Ressuscité : d’un côté, on a l’impression qu’il n’a plus un corps comme avant, puisqu’il n’est plus soumis aux mêmes contraintes ; de l’autre, lorsqu’il se montre à ses disciples, il leur dit : « Regardez mes mains, regardez mon côté : c’est bien moi. »
Qui est donc ce Jésus qui se présente à eux ? Il est à la fois le même que celui qu’ils ont connu, et à la fois autrement.
On peut dire que Jésus ressuscité n’a plus le même corps physique qu’avant la résurrection. C’est un corps différent, qui n’a plus la même matérialité, qui ne semble plus soumis aux mêmes contraintes. Et pourtant, ce corps porte encore les marques de la crucifixion. Le Ressuscité est aussi le Crucifié. Il garde la trace des clous, la trace de la blessure.
Cela signifie que la résurrection n’efface pas la Passion : elle la transfigure, mais elle ne l’annule pas.
Le souffle de l’Esprit
Jésus s’adresse alors à ses disciples par une salutation traditionnelle : « Que la paix soit avec vous », ou, si l’on veut, « le shalom soit avec vous ».
Puis il accomplit un geste très étonnant : il souffle sur eux en disant : « Recevez l’Esprit saint. »
Habituellement, dans notre représentation chrétienne, le don de l’Esprit est associé à la Pentecôte, cinquante jours plus tard. Ici pourtant, dans le quatrième évangile, il y a déjà un premier envoi de l’Esprit dès le jour même de la résurrection.
Comment l’entendre ? Il semble que l’Esprit soit ici donné en lien direct avec la mission. Jésus trouve ses disciples enfermés, abattus, découragés, pétrifiés par la peur et par la crainte des représailles. Or il ne leur dit pas : « Restez bien enfermés, je vais vous protéger. » Il les envoie au contraire vers l’extérieur.
Dans ce passage de l’enfermement à la mission, dans cette sortie hors de la sécurité pour aller vers un monde menaçant, il est normal qu’il leur donne son Esprit. L’Esprit vient soutenir leur envoi. Il accompagne la mission.
Une mission de pardon
Et cette mission, quelle est-elle ? C’est la remise des péchés.
Jésus n’envoie pas ses disciples simplement pour proclamer : « Regardez, je suis ressuscité. » Il les envoie pour porter le pardon, pour remettre les péchés.
C’est là une dimension essentielle de la mission de l’Église. Car si l’on imagine ce qui devait se passer alors, dans le camp de ceux qui avaient participé, de près ou de loin, à la condamnation de Jésus, il devait y avoir de l’accusation, de la peur, des règlements de compte possibles, des désirs de vengeance, voire de contre-vengeance.
Or Jésus vient introduire tout autre chose : la paix, le pardon, la réconciliation. Il veut faire sortir ses disciples du registre de l’accusation pour les conduire vers celui du pardon, des retrouvailles, de l’avenir rendu possible.
L’accusation est souvent le premier pas vers la haine et la division. La mission de l’Église, au contraire, est de parler de pardon, d’amour et de joie. Et il est significatif que ce soit précisément le Crucifié, certes ressuscité, mais toujours porteur des blessures de la croix, qui vienne parler de pardon.
Les disciples eux-mêmes auraient pu nourrir de l’amertume, de la colère, un désir de vengeance contre ceux qui avaient mis leur maître à mort. Mais Jésus leur dit en somme : non, ce n’est pas cela que vous avez à porter ; c’est le pardon.
Thomas, le disciple absent
Dans la seconde partie du récit, un personnage prend le devant de la scène : Thomas.
Au moment où Jésus apparaît et donne l’Esprit, Thomas n’est pas là. Dans le groupe des disciples, il semble avoir toujours été un peu à part, un peu indépendant. Quand les autres lui annoncent, sans doute avec enthousiasme, que le Ressuscité leur est apparu et qu’il leur a donné son Esprit, Thomas reste prudent : « Doucement, moi, si je ne vois pas, je ne crois pas. »
Il fait preuve d’un solide bon sens, d’une forme de matérialisme exigeant. Faut-il y voir un manque de foi ? Peut-être pas. C’est plutôt un sens critique plus aigu.
Thomas veut du concret. Il veut voir, toucher, vérifier. En ce sens, il peut apparaître comme le père des matérialistes : « Si je ne vois pas les traces, si je ne touche pas, si je ne sens pas le concret, je ne croirai pas. »
Mais ce que Thomas ignore encore, c’est qu’il y a des lieux et des moments où il faut accueillir une évidence qui se donne autrement. Jésus ne va pas le rejeter à cause de son doute. Il va au contraire le reprendre avec lui.
Jésus ne repousse pas Thomas
Huit jours plus tard, Jésus revient. Il se tient de nouveau au milieu d’eux et s’adresse directement à Thomas. En quelque sorte, il lui dit : « Tu voulais toucher ? Eh bien touche. »
Et pourtant, Thomas ne touche pas.
C’est un détail très fort. Lui qui demandait à toucher n’en a finalement plus besoin. Il est passé au-delà de cette exigence. La présence du Ressuscité suffit. Et c’est alors qu’il prononce cette magnifique confession : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Cette parole est l’une des plus hautes confessions de foi de tout l’Évangile. Thomas, qui avait mauvaise réputation à cause de son doute, devient ici celui qui prononce l’une des paroles les plus fortes sur Jésus.
Il est même, d’une certaine façon, le premier à parvenir à une telle formulation. Son doute n’a donc pas le dernier mot. Il débouche sur une confession de foi exceptionnelle.
Thomas nous ressemble
C’est sans doute pour cela que Thomas nous rejoint si profondément aujourd’hui. Son attitude fait écho à nos propres difficultés à croire. Nous aussi, nous aimerions parfois toucher, vérifier, maîtriser, avoir des preuves avant d’adhérer.
Le texte le dit d’une manière très suggestive : en grec, Thomas est appelé Didyme, c’est-à-dire le jumeau. Le jumeau, le double, l’autre de nous-mêmes.
Thomas, c’est cette part de nous qui doute encore, même lorsqu’elle marche déjà avec le Seigneur. C’est cette part de nous qui résiste, qui se ferme, qui hésite à faire confiance.
Mais c’est aussi cette part-là qui peut être rejointe par la grâce. Thomas représente en nous ce point de résistance qui, un jour, peut se laisser retourner, se convertir, et parvenir à la confession de foi.
Il y a souvent dans nos vies des endroits où nous nous disons : « Là, non, je ne pourrai pas croire. Là, je ne pourrai pas accepter. » Et pourtant, c’est parfois à cet endroit même, là où nous étions les plus fermés, que Dieu vient ouvrir les yeux et faire naître la foi.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu
Le récit s’achève sur une béatitude qui nous concerne directement : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu. »
Bien sûr, cette parole s’adresse à Thomas à ce moment précis. Mais elle a aussi une portée plus large. Elle ouvre déjà vers l’avenir, vers les disciples de demain, vers tous ceux qui ne verront pas le Ressuscité comme Thomas l’a vu, mais qui seront appelés à croire malgré tout.
Cela signifie que la foi n’a pas nécessairement besoin de grandes expériences extraordinaires. Elle peut aussi naître simplement d’une parole entendue, d’un texte lu, d’un témoignage reçu, d’une confiance accueillie.
Croire sans avoir vu, ce n’est pas croire n’importe quoi. C’est recevoir une parole, l’entendre, l’accepter, et laisser cette parole nourrir et renouveler notre vie.
Voilà pourquoi cette béatitude reste si importante pour nous aujourd’hui : elle nous rappelle que notre foi peut grandir non parce que nous avons tout vu, tout touché, tout compris, mais parce qu’une parole nous a rejoints et continue de nous faire vivre.
Production : Fondation Bersier – Regards protestants
