Jean 14.1-12 – Le fils et le père

Le chemin, la vérité et la vie

Introduction

Dans les séquences précédentes, Jésus a annoncé que Juda allait le trahir et que Pierre le reniera. On imagine les disciples décontenancés par ses annonces, c’est pourquoi Jésus commence par les rassurer : Que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu (v.1). Jésus connaît nos peurs et nos fragilités, et pourtant il garde sa confiance en nous.

Malgré nos trahisons et nos reniements, il nous appelle à conserver notre confiance en lui.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Plusieurs demeures

Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. La notion de demeure et le verbe demeurer sont souvent utilisés par le quatrième évangile pour évoquer la foi. Un peu plus loin, Jésus invitera ses disciples à demeurer en lui comme lui demeure dans le Père (Jn 15.4,10).

Dire qu’il y a plusieurs demeures est une façon de dire qu’il y a plusieurs façons de vivre sa foi. Nous sommes tous différents et nous avons chacun notre demeure singulière.

De même qu’il n’y a pas deux visages identiques, il n’y a pas deux maisons intérieures identiques ni deux fois identiques. La diversité est une richesse.

La simplicité de Thomas

Jésus parle de demeure spirituelle et de chemin de foi et Thomas demande à Jésus où il va. Cela relève des nombreux quiproquos qui jalonnent le 4e évangile, mais on peut honorer l’attitude de Thomas. Quand il ne comprend pas, il n’hésite pas à poser la question.

Poser des questions quand on ne comprend pas, cela signifie que l’on prend la foi au sérieux. Avoir la foi, ce n’est pas avoir tout compris, c’est ne jamais cesser de se poser la question de Dieu.

Pistes d’actualisation

1er thème : Le chemin, la vérité et la vie

Les trois notions de chemin, de vérité et de vie peuvent se comprendre selon une analogie trinitaire, chacun des termes renvoyant aux deux autres. Dans la bouche de Jésus, la vérité est encadrée par le chemin et la vie. La vérité chrétienne est d’abord un chemin, elle ne se présente pas comme une série d’affirmations auxquelles on doit adhérer, mais comme une marche. Elle est ensuite associée à la vie, une vérité qui ne serait pas porteuse de vie ne serait pas évangélique.

Dans le Premier Testament, un mot récapitule ces trois données, c’est celui de Torah qui évoque la vérité, le chemin, la mise en route, l’enfantement. Lorsque Jésus dit c’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie, on peut entendre : « Je suis la Torah ». Cette lecture permet de dépasser l’antagonisme entre la loi et la grâce en opérant un rapprochement entre les deux testaments.

2e thème : Je suis dans le Père et le Père est en moi.

Ce verset évoque ce qu’on appelle en théologie la périchorèse qui est la relation entre chaque personne de la Trinité, chacune ne pouvant se comprendre que dans sa relation aux deux autres.

La Trinité est souvent comprise comme doctrine figée alors qu’elle est d’abord une relation. Le père n’est père que parce qu’il a un fils, de même que le fils n’est fils que dans sa relation au père.

Le Christ nous invite à entrer dans cette relation qui définit la foi comme une dynamique et une habitation.

3e thème : Des œuvres plus grandes que celles du Christ

Comment entendre que nous puissions faire des œuvres plus grandes que le Christ ? Je ne peux marcher sur les eaux, je ne peux apaiser les tempêtes, je ne peux ressusciter les morts.

Il y a un domaine où les œuvres des disciples sont plus importantes que celles du Christ, c’est dans le nombre de personnes qui sont touchées par l’Évangile.

Dans la séquence suivante, Jésus va parler du don de l’Esprit, c’est lui qui permettra que l’Évangile déborde le petit groupe des fidèles qui suivent Jésus pour s’étendre au monde entier.

Une illustration : Plusieurs demeures, à chacun la sienne

Lorsque Jésus déclare qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du père, il nous invite à trouver notre demeure unique.

Chez les Pères du désert, on interroge un ancien pour savoir comment être un chrétien authentique. Il a répondu : « L’Écriture raconte qu’Abraham pratiquait l’hospitalité et que Dieu était avec lui ; qu’Élie aimait à prier seul et que Dieu était avec lui ; que David était humble et que Dieu était avec lui. Par conséquent tout ce que ton âme désire accomplir selon la volonté de Dieu, fais-le ! » Cet apologue nous invite à repérer ce qu’il y a de plus profond en nous et à le mettre au service de Dieu.

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Michel Barlow, prédicateur laïc au sein de l’Église protestante unie de Lyon, pour discuter de Jean 14, 1-12 : https://regardsprotestants.com/video/bible-theologie/evangile-dimanche-pentecote-de-jean/

Ac 6.1-7 – Sept hommes pour aider les apôtres

La diversité des ministères

Le contexte – Le livre des Actes des Apôtres

Le livre des actes des Apôtres est le prolongement de l’évangile, certains l’ont appelé l’évangile de l’Esprit. Dans les premiers versets, avant de quitter les siens, Jésus leur donne un ordre de mission : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Le livre est l’application de ce programme, l’histoire de cette mission qui s’est progressivement élargie à l’ensemble de l’Empire romain.
La première chose que font les disciples après l’Ascension est de reconstituer le groupe de Douze par tirage au sort pour appeler un certain Matthias dont on n’entendra plus jamais parler. Les disciples ont voulu créer une structure, mais l’Esprit aime à passer à côté des structures et ce sont essentiellement Paul, Silas et Barnabas qui étendront l’Évangile au-delà de la Judée.

Que dit le texte ? – Des hommes pour seconder les apôtres


Dans la même veine du souci d’organisation, les apôtres ont nommé des hommes pour s’occuper du service des tables – de l’organisation pratique de l’Église – afin de les libérer afin qu’ils se consacrent assidûment à la prière et au service de la Parole. La tradition les appellera les diacres.
Le texte est ambigu car il suggère une hiérarchie entre les Douze hébraïsants (selon le nombre des tribus d’Israël) et les Sept hellénisant (selon un chiffre qui symbolise l’universel).
Ils ont été choisis pour le service des tables, mais plusieurs ont eu un rôle d’apôtre. Philippe, l’un des sept, est celui qui a accompli l’ordre du Christ en annonçant la bonne nouvelle en Samarie (Ac 8.5). Il est dit à son sujet qu’il accomplissait de nombreux miracles (8.13) et que ses filles parlaient en prophétesse (21.9).
Quant à Étienne, il produisait aussi des prodiges et des signes grandioses parmi le peuple, ceux qui engageaient le débat avec lui n’étaient pas capables de s’opposer à la sagesse et à l’Esprit par lesquels il parlait, il l’a payé de sa vie et sa mort nous rappelle celle du Christ (7.60). C’était en outre un immense théologien qui, dans sa prédication, a relu toute l’histoire du Premier Testament à la lumière du Christ en montrant que les plus fidèles ont toujours été les plus rejetés.

Les Douze ont institué les Sept pour les seconder, mais ce sont souvent eux qui ont accompli la mission des apôtres. Encore une fois, l’Esprit s’est moqué des structures.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le chemin du Père


Le verset clef de l’évangile de cette semaine est celui dans lequel Jésus déclare qu’il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Les hommes aiment les organisations avec les Douze et les Sept, les apôtres et les diacres, mais chaque disciple a sa vocation qui déborde le rôle dans lequel on veut les enfermer.
L’important est que chacun trouve sa place singulière dans la suite de celui qui se présente comme le chemin, la vérité et la vie. Le chemin du disciple est un chemin de vie, même s’il ne rentre pas dans les cases dans lesquelles on a voulu l’enfermer.

1 P 2.4-9 – Un culte nouveau

Les pierres de l’Église

Le contexte – La première épître de Pierre


La première épître de Pierre est adressée à ceux qui ont été choisis et qui vivent en étrangers dans la dispersion. Le contenu de l’épître décrit une Église qui subit la persécution mais qui est appelée à se renforcer dans la foi car elle est alors à l’image de son maître.
C’est un écrit théologique qui relit la foi chrétienne à partir de la grille de lecture d’un Dieu qui se révèle en étant rejeté et qui invite ses disciples à mettre leurs pas dans les siens.
Les premiers versets de notre passage décrivent le Christ comme la pierre vivante, rejetée par les humains, certes, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu, avant d’appeler les disciples à devenir eux aussi comme des pierres vivantes.

Que dit le texte ? – La pierre de l’angle


L’image de la pierre décrit une Église qui n’est pas un bâtiment, mais qui est constituée par les disciples qui suivent le Christ. Ils forment une maison spirituelle.
Le verset qui est au cœur de ce passage est la citation du Psaume 118 qui dit : C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée qui est devenue la principale, celle de l’angle. Ce verset est celui qui est cité le plus grand nombre de fois dans le Premier Testament puisqu’on le trouve dans les trois évangiles synoptiques dans la parabole des vignerons homicides (Mt 21.42 et //) et on le trouve dans la prédication de l’apôtre Pierre devant le sanhédrin (Ac 4.11).
C’est un des versets sur lesquels la première Église s’est appuyée pour relever le premier défi théologique qui s’est posé à elle : trouver un sens à la croix.
Avec le Psaume, les disciples ont compris que la croix n’était pas la défaite du ministère de Jésus mais la construction d’une nouvelle réalité théologique.
À ceux qui sont les disciples de la pierre qui a été rejetée, l’épître assure qu’ils sont une lignée choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis. L’Église peut se sentir méprisée, raillée, persécutée… elle est une nation sainte.

Quel est le lien avec le passage de l’Évangile ? – Le chemin du Père

Le passage de l’évangile de cette semaine se trouve dans le testament de Jésus, cette partie qui se trouve entre son dernier repas et son arrestation dans laquelle il récapitule l’essentiel de son enseignement et il prépare ses disciples à poursuivre le chemin dans lui.
Jésus annonce sa passion, mais il précise qu’elle est l’accomplissement de son ministère dans la communion avec le Père : Je suis dans le Père, et le Père est en moi. Plus tard dans l’évangile, il inclura les disciples dans cette communion : Je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous (Jn
14.20). C’est ce que vivra l’Église de la première épître de Pierre lorsque les disciples trouveront dans leur rejet une communion avec le Christ.

Production : Fondation Bersier – Regards protestants
Remerciements : Antoine Nouis