À la différence de la pensée indienne qui dit que le sujet disparaît en Dieu comme une goutte d’eau dans la mer, la résurrection de la personne dit que c’est notre être, avec son histoire et ses constructions, ses rencontres et ses cicatrices, qui ressuscite en Dieu. Cette affirmation est une nourriture pour la foi, l’espérance et l’amour.

La croyance en la résurrection des corps fait partie de la foi de l’Église, mais comment y croire ? Quand on est mort, on est mort. On veut à bien à la rigueur penser à une sorte d’immortalité de l’âme, mais la résurrection des corps ? Qui peut croire sérieusement que les tombeaux vont s’ouvrir ? Où qu’on va être emporté au ciel ?

Nous aborderons ces questions en questionnant l’histoire, puis en nous interrogeant sur le sens de cette annonce.

 Que s’est-il passé après la mort de Jésus ?

La croix a dû apparaître aux contemporains de Jésus de Nazareth comme la ruine absolue. Jésus a été torturé, rejeté par les autorités civiles et religieuses, trahi et renié par ses disciples, crucifié, abandonné des hommes et de son Dieu. Au moment où il est déposé dans le tombeau, personne n’aurait parié dix centimes sur l’avenir de la petite fraternité qu’il a initiée. Et pourtant… pourtant de cette ruine absolue est né le mouvement qui a le plus influencé l’histoire de l’humanité de ces deux derniers millénaires.

Que s’est-il passé ? Après sa mort, ses disciples se sont levés et se sont rassemblés pour donner naissance à l’Église. Ils ont partagé une bonne nouvelle aux hommes et aux femmes, aux Juifs et aux Grecs, aux esclaves et aux hommes libres. En l’espace de trois siècles, ils ont conquis l’Empire romain sans verser une seule autre goutte de sang que celle de leurs martyrs, malgré l’opposition des autorités civiles et religieuses. Lorsque la question est posée à ces disciples, ils répondent : « Celui qui était mort, nous l’avons revu vivant, celui que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité. »

En relisant ces faits, l’historien Henri Guillemin en arrive à la conclusion suivante : « Le constat de l’Histoire ne peut pas être : le Nazaréen ressuscita, car nul ne sait au juste ce qui s’est passé. Mais l’Histoire se doit d’enregistrer comme un fait établi, indéniable… que les disciples de Jésus ont cru, comme on croit à une vérité d’évidence, avoir revu vivant celui qui venait d’expirer. »

 Qu’est-ce que cette histoire nous dit ?

Si on considère comme un fait historique que les disciples ont été convaincus de la résurrection du Christ, ils en ont logiquement conclu que cet événement avait une portée qui dépassait la simple personne de Jésus. Ils l’ont interprété comme une victoire sur la mort. Ils ont formalisé cette espérance en parlant de résurrection des morts, ou résurrection des corps, ou résurrection de la chair… Si nous voulons traduire ces termes dans nos représentations actuelles, il faudrait parler de résurrection de la personne.

À la différence de la pensée indienne qui dit que le sujet disparaît en Dieu comme une goutte d’eau dans la mer, la résurrection de la personne dit que c’est notre être, avec son histoire et ses constructions, ses rencontres et ses cicatrices, qui ressuscite en Dieu. Cette espérance peut être posée en face de la peur de la mort.

La foi en la résurrection est symétrique de la foi en la création. Elle nous assure que, de même que Dieu est au commencement de notre histoire, c’est lui qui nous accueille au terme de notre pèlerinage. Cette espérance nous appelle à la vie, à ne pas rester enfermés dans nos tombeaux et dans nos peurs. Elle nous appelle à accueillir dans notre marche un Christ, crucifié et ressuscité, qui était à nos côtés avant que nous le sachions et qui nous attend au-delà de ce que nous comprenons.

Pour terminer une illustration biblique.

Paul évoque la résurrection dans la première épître aux Corinthiens. En se présentant comme témoin du ressuscité, il écrit : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis. » Une façon de dire que l’expérience de la résurrection a été déterminante dans sa façon de se comprendre lui-même. Cette expérience d’un amour de Dieu plus grand que toutes les morts lui a donné une identité intérieure que rien n’a pu détruire.

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier