Ces textes qui nous engagent

Ces textes qui nous engagent

Dans le contexte des 500 ans de la Réforme, quels textes ont marqué l'engagement des protestants et qu'en fait-on aujourd'hui ? Découvrez l'édito du numéro 6 de la revue Ressources.

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Publié le 15 octobre 2017

Auteur : Emmanuelle Seyboldt

Les mots pour la dire

Le synode de Lille réuni en mai dernier a adopté une Déclaration de foi pour notre Eglise : nous y sommes arrivés ! Ce texte est le fruit d’un long processus, rappelé par Didier Crouzet. Ecoute des Eglises locales, écoute des synodes régionaux, puis écoute du synode national, ce beau chemin de dialogue a abouti de manière heureuse, et je veux dire d’abord ma reconnaissance. Merci à chacune et chacun, dans tous les lieux de réflexion et de débat, pour sa contribution et son engagement dans le travail. Merci aux membres des synodes régionaux et national.
Ecrire tous ensemble avec un seul crayon, cela ne peut réussir que si tous sont à l’écoute d’un même Esprit, qui nous fait frères et sœurs et éclaire notre intelligence. Le rôle des rapporteurs régionaux et nationaux a été fondamental pour la réussite de cette entreprise. Que chacun trouve ici l’expression de notre gratitude.

Le synode national a choisi d’écrire un texte qui soutienne le témoignage personnel et communautaire. Pourquoi cela ?
Notre Eglise a fait siennes de nombreuses confessions et déclarations de foi. Depuis l’expression de la foi des témoins du Christ, le Symbole des Apôtres, la Confession d’Augsbourg, la Confession de foi de la Rochelle, jusqu’à la Concorde de Leuenberg, les Eglises ont été conduites par les circonstances (les princes ou la situation politique) à mettre par écrit leurs convictions. L’Eglise protestante unie de France est héritière de ces textes. Elle y lit son histoire et y adhère dans la communion des Saints. Les articles qui sont proposés à votre lecture dans ce numéro de Ressources mettent en lumière les conditions d’écriture de quelques-uns de ces textes importants. Ils révèlent également a contrario le caractère exceptionnel de ce que notre synode a réalisé. Nul ne nous a contraints à dire notre foi, et il n’y avait aucune urgence politique. C’est donc délibérément que nous avons entrepris ce travail, parce qu’il nous semblait que l’urgence était de trouver les mots pour dire notre foi, personnellement, aux hommes et aux femmes qui nous entourent. Aujourd’hui, si notre Eglise reconnaît la valeur, la justesse et la force des Confessions de foi héritées de l’histoire, elle sait aussi que ces textes ne parlent que difficilement à nos contemporains et qu’ils peinent à porter notre témoignage personnel.

Or c’est bien de cela dont nous avons besoin aujourd’hui, d’un texte audible et compréhensible par tous, qui dise simplement ce que nous croyons : « en Jésus de Nazareth, Dieu révèle son amour pour l’humanité et le monde ».
Dire sa foi est complexe : mettre des mots sur ce qui anime sa vie intime est délicat. Aucune formulation ne peut rendre parfaitement compte d’une conviction, d’une expérience personnelle. Et quand il s’agit de la confiance donnée par Dieu, la difficulté est encore plus grande. Quels mots peuvent dire Dieu ? Il dépasse les langages et les formes. Aussi la modestie et la prudence sont de mise dans cette entreprise. Et dire ensemble quelque chose de cette conviction qui lie le « je » au « nous », le personnel et le communautaire… quel défi !

Et pourtant, c’est le cœur-même de l’Eglise : réunir des hommes et des femmes qui sont mus chacun séparément par une conviction personnelle. Christ appelle des témoins singuliers, mais il ne les laisse pas seuls. Il les agrège à d’autres pour former un seul corps, le sien. Et de ce processus étrange et improbable naît l’Eglise. Vous et moi sommes engagés dans une Eglise particulière, dans laquelle nous avons grandi et/ou que nous avons choisie. Elle est l’un des visages de l’Eglise du Christ. Elle est pour moi un visage aimé, le lieu où j’ai découvert l’existence d’un Dieu proche, le lieu où des frères et sœurs, souvent sans le savoir, ont été et sont toujours les relais, les témoins de cette bienveillance. Ils m’ont permis d’entrer dans la conversation ininterrompue des croyants avec le Père, en m’enseignant leurs mots, leur grammaire, leur histoire. Nous prenons la parole à notre tour dans cette conversation, riches de tous ceux qui nous ont précédés, et enracinés dans la foi par leur foi. L’Eglise – c’est-à-dire vous – est pour moi un sujet de reconnaissance, un trésor précieux.
Nous y sommes arrivés, nous avons choisi ensemble les mots pour dire notre foi ! Mais cette arrivée est en fait… un départ, un nouveau départ peut-être, ou plutôt une nouvelle étape dans notre vie d’Eglise.
A l’image des disciples d’Emmaüs, qui, une fois arrivés, comprennent tout à coup ce qu’ils viennent de vivre et se lèvent subitement pour se remettre en route, transformés, il nous appartient de nous saisir de cette Déclaration de foi. Elle ne saurait être un oreiller de paresse, simplement affichée au fond du temple, même s’il est important de l’afficher. Elle ne saurait être un texte étendard publié dans le journal local pour mieux l’oublier ensuite, même s’il est important de la publier. Je vous invite à vous saisir personnellement de ce texte, à le lire et vous laisser questionner par ce qu’il affirme. Je vous invite à vous saisir communautairement de ce texte (et pour ce faire, des propositions ont été envoyées aux paroisses et Eglises locales il y a quelques jours) et à entrer en dialogue avec lui.
En 1517, Luther a vécu sa découverte de la Grâce de Dieu comme un bouleversement, un séisme qu’il ne pouvait garder pour lui seul. 2 000 ans après Emmaüs, 500 ans après Luther, et à la suite de tant d’autres témoins du Christ, à notre tour nous pouvons nous dire « Notre cœur ne brûlait-il pas ? ». Dieu nous appelle à témoigner de ce qu’il fait en nous : comment il nous pardonne, nous
console, nous relève et nous envoie. Car ce don ne nous est pas réservé. Il nous appartient de le faire connaître en luttant, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, contre tout ce qui défigure l’humanité et le monde aujourd’hui.
Nous avons maintenant les mots pour dire notre foi, que ce soit pour la vivre !

Emmanuelle Seyboldt, pasteure, présidente du Conseil national

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