La presqu’île d’Arvert : un territoire protestant au XIXe siècle

La presqu’île d’Arvert : un territoire protestant au XIXe siècle

Au contraire des Églises intérieures, touchées par l’exode rural, cette région maritime ne connaît pas de déclin démographique au fil du siècle.

Un contenu proposé par Protestants de l'Ouest

Publié le 16 août 2019

Les marques protestantes dans le paysage de la presqu’île d’Arvert, enchâssée entre Seudre et Gironde, multiples et nombreuses, s’enracinent inégalement dans le passé. Avec le Poitou rural, cette région fait partie des rares territoires de la France de l’Ouest où les protestants sont, à l’aube du XIXe siècle, majoritaires.

L’ensemble de ces facteurs induit une matérialisation forte de la foi dans l’espace public, d’abord par de populeuses communautés, ensuite par une reconstruction intense de lieux liés à la pratique publique de leur foi, enfin par de multiples écoles, espaces importants de transmission de la foi. La population protestante de la presqu’île d’Arvert connaît une forte croissance entre 1811 et 1903, passant de 7 500 âmes à 8 800 âmes. La crue est plus modérée autour de La Tremblade qu’autour de Royan. Cette dernière cité voit le chiffre de sa population protestante tripler : au début du XXe siècle, c’est la première ville protestante de la Charente-Inférieure. Toutefois, ce dynamisme ne contrebalance pas suffisamment celui des catholiques dont le nombre augmente plus vite que celui des huguenots.

À Royan même, la croissance protestante ne contribue que pour une part minoritaire au développement humain de la station touristique qui prend alors son essor: autour de 1900, elle abrite de manière permanente plus de 2600 protestants, soit un peu moins d’un tiers de la population de la ville. Cette richesse d’hommes suscite une nette densification pastorale. À l’époque napoléonienne, n’étaient présents qu’un pasteur à La Tremblade et un autre à Royan, ce dernier desservant, de surcroît, une partie de la Saintonge intérieure. Au seuil des années 1880, seules trois des treize communes des cantons de La Tremblade et de Royan ne voient pas résider sur leur territoire de pasteur alors que Royan en dispose de trois. Cette forte présence humaine des protestants engendre un dynamisme renouvelé dans le domaine religieux.

Une fièvre de pierre

La presqu’île d’Arvert est la première région du département à voir les « maisons d’oraison » établies à l’époque des persécutions laisser place à des temples nouvellement édifiés. Dès la fin des années 1810, de nouveaux lieux de culte sont élevés à l’Éguille et à Saint-Sulpice-de-Royan. La qualité n’est pas encore au rendez-vous. Dans la première localité, l’édifice est achevé le 30 octobre 1819 : le 31 au matin, tout s’écroule et ne reste debout que la façade ; le chantier est relancé sur de nouvelles bases et l’édifice inauguré en 1821, avec un certain faste, attirant des coreligionnaires venus, parfois, de loin, et en présence du sous-préfet de l’arrondissement de Marennes.

À Saint-Sulpice-de-Royan, le temple qui date de 1818 ne dure que jusqu’au milieu du siècle où il est remplacé par le temple actuel, réalisé sur les plans d’un architecte parisien. Plus des deux tiers des 25 000 francs du chantier sont pris en charge par l’État. Au XIXe siècle, ce chantier constitue le deuxième le plus coûteux du département, après celui du grand temple de Royan, inauguré en mars 1844 et qui revient à plus de 38 000 francs. L’importance de ces dépenses tranche avec la modestie de nombre de temples de la Saintonge intérieure revenant à moins de 10 000 francs. Dans le paysage charentais, la densité des lieux de culte est exceptionnelle. Après la dédicace du temple des Mathes en 1891, toutes les communes de la presqu’île ont désormais un temple. Certaines localités disposent de deux temples : les habitants d’Arvert peuvent fréquenter celui du chef-lieu de la localité ou de l’écart d’Avallon ; il en est de même à Breuillet où un temple est réédifié dans le village du Billaud en 1858 sur le site de l’ancienne maison d’oraison.

À partir du Second Empire, un autre moyen d’afficher l’égalité des cultes a été de doter les paroisses protestantes de presbytères pérennes pour accueillir leurs pasteurs. Ainsi, le poste pastoral de Saint-Sulpice-de-Royan, créé en 1860, se voit attribuer un presbytère trois ans plus tard. Il en est de même à Breuillet peu après. Au tournant des années 1880 et des années 1890, l’ancienne école de Mornac est transformée en presbytère pour le pasteur. À la veille de la séparation des Églises et de l’État (1905), sept des onze pasteurs rémunérés par l’État disposent d’un presbytère pour les recevoir. Cette configuration est très rare en Aunis et en Saintonge et explique la forte attraction de ces postes qui demeurent rarement vacants. Ce zèle dans l’édification des lieux de prière et dans les maisons de leurs ministres se double d’un intérêt très précoce et intense pour les questions éducatives.

Des initiatives scolaires multiples

Le XIXe siècle est traversé de vifs débats pédagogiques auxquels les protestants prennent une part active, tout particulièrement dans la presqu’île d’Arvert. L’enseignement populaire n’est vraiment mis à l’ordre du jour qu’après 1815 lorsque la méthode dite d’« enseignement mutuel » est débattue. Cette méthode repose sur le principe selon lequel l’écolier le plus capable sert de maître à ses camarades moins avancés : favorisant l’émulation et l’autonomie personnelle, cette méthode est fermement soutenue par les autorités protestantes locales. Le consistoire de La Tremblade réclame dès 1819 que l’instituteur de la commune puisse employer cette méthode tandis qu’à Arvert, c’est un ancien pasteur qui patronne l’école mutuelle. À la fin des années 1820, seules les communes de la presqu’île alors les plus déshéritées ne disposent pas d’écoles primaires protestantes. Cet intérêt pour le domaine scolaire ne se dément pas.

À compter de 1841, Royan dispose d’une très solide école protestante de filles dirigée par Alméria Gaillard. Les succès scolaires et pédagogiques de l’établissement incitent les autorités départementales à placer dans cette maison les jeunes filles protestantes de la Charente Inférieure qui souhaitent embrasser la carrière d’institutrice. Cette mission est assurée jusqu’à la seconde moitié des années 1870. La concurrence avec les catholiques fait que, dans presque toutes les communes, chaque confession dispose de ses propres écoles de garçons et de filles. Le réseau se densifie remarquablement sous le Second Empire.

Au seuil de la Troisième République, une grosse vingtaine d’écoles protestantes sont présentes dans les cantons de La Tremblade et de Royan. Lorsque les écoles publiques sont laïcisées, bien souvent, maîtres et maîtresses protestants demeurent en place. La coexistence entre catholiques et protestants est à l’origine d’un zèle polymorphe, pour voir s’élever de dignes lieux de cultes et pour que soient mises en place des écoles accueillant leurs enfants, et même, de manière plus originale, pour que des presbytères soient édifiés. De manière paradoxale, lors de la séparation des Églises et de l’État, cette forte densité paroissiale va permettre de plus grandes économies d’échelle lorsque les Églises prennent en charge le financement du culte.

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