L'avenir de l'église sera sur le seuil

L’avenir de l’église sera sur le seuil

Lorsqu’une Église locale ose une idée nouvelle pour être sur « son seuil » et s’ouvrir au monde, elle prépare son avenir. Une réflexion du pasteur Guillaume de Clermont.

Un contenu proposé par Protestants de l'Ouest

Publié le 20 septembre 2019

Auteur : Guillaume de Clermont

La quête de sens, la quête de spiritualité, et même la quête de Dieu ne connaissent pas l’érosion du temps. Et si la sécularisation et la déchristianisation ont pour conséquence une pratique religieuse régulière en diminution, la recherche de repères et l’aspiration à donner un sens à sa vie s’expriment de multiples manières dans notre monde contemporain. Assurément, les institutions traditionnelles cèdent du terrain dans l’encadrement des consciences et les Églises, sur ce plan, ont perdu beaucoup de leur influence. Aujourd’hui, l’attirance des réseaux sociaux, des communautés thématiques (souvent éphémères) d’appartenance, des grands élans populaires pour défendre toutes sortes de causes connaissent des succès énormes avec des capacités de mobilisation sans commune mesure avec les rassemblements proposés par les Églises. Dans ce contexte, l’avenir de l’Église se jouera sans doute dans sa capacité à rejoindre nos contemporains par des initiatives nouvelles résolument orientées vers des personnes en recherche, sans renoncer par ailleurs à créer du lien social et à construire des liens communautaires durables autour de l’écoute de la Parole de Dieu.

En avril dernier, c’est précisément ce qu’a proposé l’Église réformée de Touraine dans le temple de Tours avec un voyage spirituel conçu pour tout public. Un voyage à vivre seul, avec douze étapes permettant de traverser quelques questions existentielles fondamentales au croisement des textes bibliques, de l’Évangile, de la présence de Dieu, de la présence de son prochain. Le parcours spirituel Viens, vis et voyage a été créé à la suite du Grand Kiff 2009 par des jeunes stéphanois qui avaient découvert ce concept lors de ce rassemblement national jeunesse de l’Église réformée de France. Il s’agit d’un parcours qui a ses origines en Norvège, que des jeunes lyonnais ont découvert en 2008 et qu’ils ont importé. Depuis, de tels parcours ont fleuri dans différentes paroisses de notre Église en France, qui ont souvent pris comme base le parcours créé par ces jeunes stéphanois. Partout où il a été installé, ce parcours a connu un succès de fréquentation car il est une invitation à cheminer avec soi-même dans un espace restreint préservant l’intimité de la réflexion. Jeunes et moins jeunes ressortent de ce voyage ravis et nourris spirituellement.

La Bible, l’Autre et soi-même

Le parcours propose donc au «voyageur» douze stations. À chaque station (sous une tente aménagée) il s’arrête et découvre une fiche (de consignes) pour vivre un moment spirituel seul. Une interpellation existentielle (les fardeaux de la vie, les conflits avec un proche, la souffrance, l’empreinte de sa vie, etc.), un texte biblique, un geste à accomplir (prends cette pierre avec toi pendant ton voyage ou bien prends un petit pot, remplis-le de terre et plantes-y une petite graine etc.), une parole d’encouragement ou une phrase à méditer. Douze stations pour être face à soi-même, devant Dieu et devant son prochain, en présence d’un texte biblique qui s’offre comme la Parole d’un Autre à écouter et méditer. À l’entrée et la sortie du parcours, des accueillants membres de l’Église locale sont disponibles pour un échange, une écoute, un encouragement et le cas échéant une invitation à revenir pour un autre moment de la vie communautaire. C’est simple, c’est sobre, c’est efficace et ça marche !

Quelques phrases laissées par les visiteurs dans le carnet de voyage (livre d’or du parcours) suffisent pour évaluer la pertinence du parcours… Merci pour ce moment de recentrage sur l’essentiel, en famille ! Un moment qui nous met face à Dieu et à nous-même. Par forcément facile, mais enrichissant… à quel point ? Difficile de le dire, ce n’est peut-être que le début d’un long voyage. Un moment apaisant qui redonne confiance. Merci ! Une très belle rencontre avec nous-même où l’on se pose des questions sensées qui nous aident à regarder en perspective notre vie. Je passais par hasard dans la rue, un peu bouleversée par des circonstances de ma vie, et ce voyage m’est apparu et a changé la pensée de ma journée. Je repars plus positive et je remercie Dieu de m’avoir donné l’occasion de réaliser ce voyage : ça fait du bien… Très beau parcours. Merci ! Recentrage, essentiel, face à Dieu et à nous-même, le début d’un long voyage, apaisant, belle rencontre avec nous-même, je remercie Dieu… Chaque témoignage dit quelque chose d’une rencontre qui s’est faite, d’un espace qui s’est ouvert, d’une Parole reçue, d’un moment de respiration et, qui sait peut-être, d’un nouveau départ ?

« Venez comme vous êtes »

Le désormais slogan d’un fastfood célèbre résume bien l’esprit de viens, vis et voyage. Le visiteur franchit le seuil du temple pour découvrir un espace « désacralisé » dans lequel il est accueilli librement pour un itinéraire qu’il parcourt à son rythme. Dans l’anonymat et la solitude, ou plus si affinité (dialogue et prise de contact), le visiteur se présente « tel qu’il est » dans le parcours, croyant ou incroyant, en recherche ou loin de Dieu, il trouve tôt ou tard une interpellation, un encouragement, un geste qui lui parle. Ici, pas besoin de «codes» pour comprendre des paroles ou des rites, pas besoin de catéchisme ou de culture religieuse pour prendre le départ, tout est offert et proposé comme pour une première rencontre avec soi-même et avec Dieu. Viens, vis et voyage peut être mis en œuvre facilement dans tout lieu. Le mode d’emploi est accessible librement sur le site de la région Ouest. Si nous saluons ici l’initiative de l’Église réformée de Touraine d’avoir proposé ce parcours dans le temple de Tours (une idée folle ?), nous espérons voir surgir d’autres propositions d’animations permettant aux Églises d’être «sur le seuil» pour s’ouvrir au monde. L’Église en a besoin pour grandir, le Monde en a besoin pour recevoir l’Évangile. Il nous faut donc imaginer, créer, inventer la suite.

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