Qui sont les protestants ?

Qui sont les protestants ?

Interview d’Eric Denimal, auteur du « Protestantisme pour les nuls ».

Un contenu proposé par Signes des Temps

Publié le 29 octobre 2013

Auteur : Eric Denimal

Dans un premier temps, ses études en théologie conduisent logiquement Éric Denimal à exercer en tant que pasteur. Il deviendra par la suite journaliste et sera, entre autres, rédacteur en chef de Christianisme au XXe siècle. Cette double expérience l’amène à se spécialiser dans la vulgarisation biblique. Son dernier livre, Le protestantisme pour les nuls, vient de paraître aux éditions First.

Après la parution, en 2004, de La Bible pour les nuls, qui a été vendue à plus de 120 000 exemplaires et ne cesse d’être réimprimée, vous publiez aujourd’hui Le protestantisme pour les nuls. Quelles raisons vous y ont poussé ?

Pour ce qui est de La Bible pour les nuls, j’avais depuis longtemps la conviction qu’un livre d’initiation à la Bible pour le grand public manquait, et que nous ne pourrions jamais atteindre ce public sans un livre d’introduction à la Bible publié par une grande maison spécialisée dans l’édition d’ouvrages pédagogiques et pratiques. Ce projet a pris forme grâce aux éditions First. Depuis le succès de cet ouvrage, j’ai proposé d’autres thèmes, qui n’ont pas toujours été acceptés. Mais lorsque j’ai évoqué Le protestantisme pour les nuls, l’idée a séduit l’éditeur qui avait déjà publié le catholicisme, l’islam, le bouddhisme… pour les nuls. De plus, il faut bien dire que le visage du protestantisme français a beaucoup changé ces dernières années et qu’un état des lieux devenait judicieux.

L’église protestante est-elle méconnue du grand public ?

Le protestantisme a assez bonne presse et bien des gens trouvent cette religion intéressante, sans pour autant la connaître vraiment. On entend dire que c’est bien que les pasteurs puissent se marier par rapport aux curés, mais à part cela, on connaît très mal les protestants. Luther et Calvin sont des toutes petites figures dans l’Histoire enseignée à l’école et la discrétion des « parpaillots » ne permet pas de cerner la religion qu’ils revendiquent. Les luthéro-réformés sont très retenus, ils aiment la couleur muraille avec la volonté de passer inaperçus tant ils ont eu du mal à être intégrés dans un pays formaté par le catholicisme. Les évangéliques souffrent, quant à eux, d’une mal-connaissance. Ils sont souvent victimes de caricatures, marqués par ce qui vient des USA. Par ailleurs, les médias sans cesse tentés de souligner l’insolite trouvent toujours des énergumènes non représentatifs revendiquant une foi évangélique. Enfin, dans une société où la culture générale reste limitée et façonnée par une certaine image du religieux, tout ce qui n’est pas catholique demeure suspect.

Comment expliquer que tant de mouvements aient vue le jour au sein du protestantisme ?

Un collègue journaliste me disait un jour : « Vous, les protestants, vous avez la chance de n’avoir pas de pape pour dicter ce qu’il faut croire, mais vous avez la malchance d’avoir 3 000 pasteurs qui se prennent pour des papes ! » Au delà de la boutade, la question est celle de la fidélité à l’évangile. Ce qui est vrai dans l’Ancien Testament, avec un peuple qui sans cesse s’éloigne de la vraie religion, est vrai pour l’Église chrétienne. Chaque siècle a vu des crises. Il ne s’agit pas seulement d’une tension entre conservateurs et progressistes, il s’agit aussi de fidélité qui s’use et qu’il faut revitaliser. Les divers courants nés dans le protestantisme sont logiques avec l’idée des réformateurs qui voulaient une Église toujours en mouvement. D’étape en étape, de découverte en redécouverte, l’Église laisse sur place ceux qui ne veulent pas aller plus loin. L’histoire de l’église adventiste en est une illustration : des baptistes redécouvrent la théologie du retour du Christ et entrent dans cette attente, mais l’imprudence d’avoir annoncé une date fatidique a entraîné une grosse déception. Certains sont retournés dans leur église initiale, d’autres ont continué à dire, avec raison, l’importance de l’attente du retour du Christ et sont devenus l’Église adventiste.

Lors des manifestations autour du mariage pour les personnes homosexuelles, les médias ont largement relayé les actions de groupes catholiques. En revanche, il me semble que nous avons beaucoup moins entendu parler des protestants. Est-ce à dire que ces derniers prennent moins part aux débats de société ?

Je pense qu’il y avait beaucoup d’évangéliques dans ces manifestations et moins de luthéro-réformés. Si les médias ont focalisé leur attention sur les catholiques, c’est parce qu’ils étaient en groupes constitués tandis que les évangéliques étaient plutôt en ordres dispersés. La Fédération protestante de France a rappelé que, pour le protestant, le mariage n’était pas un sacrement et donc qu’il n’y avait pas la même conviction théologique autour de la défense du mariage sacralisé chez le catholique. Ce n’est pas que le protestant soit pour le mariage gay, mais sa résistance est plus éthique que théologique. Comme souvent sur ce type de sujets, les évangéliques sont plus proches des catholiques que les réformés. Du coup, ils sont perçus comme des intégristes. Or, que ce soit à propos du mariage gay, de l’exploitation des embryons humains ou de la théorie du genre, les évangéliques sont de mieux en mieux armés pour entrer dans les grands débats de société. Et c’est heureux ! – See more at: https://regardsprotestants.com/vie-protestante/qui-sont-les-protestants/#s…
Dans un premier temps, ses études en théologie conduisent logiquement Éric Denimal à exercer en tant que pasteur. Il deviendra par la suite journaliste et sera, entre autres, rédacteur en chef de Christianisme au XXe siècle. Cette double expérience l’amène à se spécialiser dans la vulgarisation biblique. Son dernier livre, Le protestantisme pour les nuls, vient de paraître aux éditions First.

Après la parution, en 2004, de La Bible pour les nuls, qui a été vendue à plus de 120 000 exemplaires et ne cesse d’être réimprimée, vous publiez aujourd’hui Le protestantisme pour les nuls. Quelles raisons vous y ont poussé ?

Pour ce qui est de La Bible pour les nuls, j’avais depuis longtemps la conviction qu’un livre d’initiation à la Bible pour le grand public manquait, et que nous ne pourrions jamais atteindre ce public sans un livre d’introduction à la Bible publié par une grande maison spécialisée dans l’édition d’ouvrages pédagogiques et pratiques. Ce projet a pris forme grâce aux éditions First. Depuis le succès de cet ouvrage, j’ai proposé d’autres thèmes, qui n’ont pas toujours été acceptés. Mais lorsque j’ai évoqué Le protestantisme pour les nuls, l’idée a séduit l’éditeur qui avait déjà publié le catholicisme, l’islam, le bouddhisme… pour les nuls. De plus, il faut bien dire que le visage du protestantisme français a beaucoup changé ces dernières années et qu’un état des lieux devenait judicieux.

L’église protestante est-elle méconnue du grand public ?

Le protestantisme a assez bonne presse et bien des gens trouvent cette religion intéressante, sans pour autant la connaître vraiment. On entend dire que c’est bien que les pasteurs puissent se marier par rapport aux curés, mais à part cela, on connaît très mal les protestants. Luther et Calvin sont des toutes petites figures dans l’Histoire enseignée à l’école et la discrétion des « parpaillots » ne permet pas de cerner la religion qu’ils revendiquent. Les luthéro-réformés sont très retenus, ils aiment la couleur muraille avec la volonté de passer inaperçus tant ils ont eu du mal à être intégrés dans un pays formaté par le catholicisme. Les évangéliques souffrent, quant à eux, d’une mal-connaissance. Ils sont souvent victimes de caricatures, marqués par ce qui vient des USA. Par ailleurs, les médias sans cesse tentés de souligner l’insolite trouvent toujours des énergumènes non représentatifs revendiquant une foi évangélique. Enfin, dans une société où la culture générale reste limitée et façonnée par une certaine image du religieux, tout ce qui n’est pas catholique demeure suspect.

Comment expliquer que tant de mouvements aient vue le jour au sein du protestantisme ?

Un collègue journaliste me disait un jour : « Vous, les protestants, vous avez la chance de n’avoir pas de pape pour dicter ce qu’il faut croire, mais vous avez la malchance d’avoir 3 000 pasteurs qui se prennent pour des papes ! » Au delà de la boutade, la question est celle de la fidélité à l’évangile. Ce qui est vrai dans l’Ancien Testament, avec un peuple qui sans cesse s’éloigne de la vraie religion, est vrai pour l’Église chrétienne. Chaque siècle a vu des crises. Il ne s’agit pas seulement d’une tension entre conservateurs et progressistes, il s’agit aussi de fidélité qui s’use et qu’il faut revitaliser. Les divers courants nés dans le protestantisme sont logiques avec l’idée des réformateurs qui voulaient une Église toujours en mouvement. D’étape en étape, de découverte en redécouverte, l’Église laisse sur place ceux qui ne veulent pas aller plus loin. L’histoire de l’église adventiste en est une illustration : des baptistes redécouvrent la théologie du retour du Christ et entrent dans cette attente, mais l’imprudence d’avoir annoncé une date fatidique a entraîné une grosse déception. Certains sont retournés dans leur église initiale, d’autres ont continué à dire, avec raison, l’importance de l’attente du retour du Christ et sont devenus l’Église adventiste.

Lors des manifestations autour du mariage pour les personnes homosexuelles, les médias ont largement relayé les actions de groupes catholiques. En revanche, il me semble que nous avons beaucoup moins entendu parler des protestants. Est-ce à dire que ces derniers prennent moins part aux débats de société ?

Je pense qu’il y avait beaucoup d’évangéliques dans ces manifestations et moins de luthéro-réformés. Si les médias ont focalisé leur attention sur les catholiques, c’est parce qu’ils étaient en groupes constitués tandis que les évangéliques étaient plutôt en ordres dispersés. La Fédération protestante de France a rappelé que, pour le protestant, le mariage n’était pas un sacrement et donc qu’il n’y avait pas la même conviction théologique autour de la défense du mariage sacralisé chez le catholique. Ce n’est pas que le protestant soit pour le mariage gay, mais sa résistance est plus éthique que théologique. Comme souvent sur ce type de sujets, les évangéliques sont plus proches des catholiques que les réformés. Du coup, ils sont perçus comme des intégristes. Or, que ce soit à propos du mariage gay, de l’exploitation des embryons humains ou de la théorie du genre, les évangéliques sont de mieux en mieux armés pour entrer dans les grands débats de société. Et c’est heureux !

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