On le sait bien : nos démocraties sont menacées de toutes parts. De Washington à Buenos Aires, de Budapest à Ankara, les principes mêmes qui sont au fondement des institutions démocratiques, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression et notamment de la presse, le respect des minorités, vacillent sous les coups de boutoir du populisme et des prétentions illibérales.

Il est un pays dont on parle trop peu et trop mal, et où ces enjeux sont des plus incisifs : la Corée du Sud. En 2016-2017, une vague populaire sans précédent, parfaitement non-violente, épaulée par un bataillon d’avocats, a conduit en trois mois à la destitution et à l’incarcération de Park Geun-hye, présidente de la République en activité, corrompue et sous l’emprise d’une chamane. Les institutions démocratiques avaient alors manifesté leur bonne santé et leur résilience. Quel autre pays a su ainsi, sans la moindre brutalité, traiter le cas d’un chef d’État en exercice, convaincu de forfaiture ?

Cette année, un échelon de plus a été franchi dans les velléités de retour aux pratiques d’un régime autoritaire. Le 3 décembre 2024, le président Yoon Suk-yeol a tenté d’imposer la loi martiale. Depuis, s’est engagé un long feuilleton émaillé de moult rebondissements, au Parlement, dans la rue, et devant les tribunaux. Le président, nostalgique de l’époque de la dictature, a été suspendu et incarcéré quelques semaines, mais le processus qui pourrait mener à sa destitution se trouve sans cesse entravé. Et les Églises protestantes, d’orientation néo-calvinienne, ne comptent pas parmi les moindres soutiens de ce disciple de Donald Trump.

Il importe donc de rester attentif. L’avenir et le destin de l’idéal démocratique se jouent aussi, ces jours-ci, à Séoul.

Frédéric Rognon, professeur de philosophie, pour « L’œil de Réforme »

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