« Ce n’est pas une blague », a indiqué Donald Trump lors d’une interview à la chaîne NBC, dimanche 30 mars, à propos d’un troisième mandat présidentiel. L’homme a assuré qu’il pourrait à nouveau être candidat à l’élection présidentielle des États-Unis, malgré le fait que la Constitution américaine interdit d’effectuer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non. Interrogée par franceinfo, Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, rappelle que le 22e amendement de la Constitution stipule « que personne ne peut être élu président plus de deux fois ». Cette règle s’applique aussi au vice-président, puisque le 22e amendement précise que « personne qui a occupé la fonction de président, ou agi en tant que président, pendant plus de deux ans d’un mandat pour lequel une autre personne a été élue président, ne sera élu à la fonction de président plus d’une fois ».
Selon Donald Trump, il existerait plusieurs moyens de contourner ce dispositif, comme un amendement de la Constitution. Cependant, une réforme de celle-ci devrait être votée par une majorité des deux tiers de la Chambre des représentants et du Sénat puis ratifiée par les trois quarts des États, soit 38 sur 50. Les Républicains ne disposent pas d’une majorité suffisante pour que cette option soit envisageable. Des partisans de Donald Trump évoquent une autre option : qu’il se présente comme candidat à la vice-présidence en 2028 et que le président démissionne après l’élection. Toutefois, le 12e amendement de la Constitution américaine prévoit qu’une personne inéligible à la fonction de président ne peut être élue à la vice-présidence.
Le sentiment de « toute-puissance » de Donald Trump
Selon Derek Muller, professeur de droit électoral à l’université de Notre Dame, cité par la BBC, il n’existe pas d’astuce pour « contourner la limitation des mandats présidentiels ». Enfin, s’il souhaite rester au pouvoir, Donald Trump peut aussi envisager des moyens illégaux en se présentant malgré tout en 2027 ou en refusant de quitter la Maison Blanche à l’issue de son mandat.
Les démocrates s’inquiètent d’un troisième mandat du milliardaire. « Il s’agit d’une nouvelle escalade dans ses efforts manifestes pour prendre le contrôle du gouvernement et démanteler notre démocratie », a estimé Daniel Goldman, un représentant de New York, avocat principal lors de la première destitution de Trump. Au sein même du parti républicain, certains s’opposent à une modification de la Constitution. L’attitude de Donald Trump et son ambition d’effectuer un troisième mandat traduisent son sentiment de toute-puissance. « Il faut quand même le prendre au sérieux, car il remet en cause l’État de droit », note Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, également interrogé par franceinfo. L’expert précise que la précédente campagne de Donald Trump n’a pas été arrêtée malgré ses procès, mais aussi que les deux procédures de destitution qui l’ont visé ont échoué. « Il considère même, depuis la tentative d’assassinat qui l’a visé, qu’il est protégé par Dieu », ajoute Jérôme Viala-Gaudefroy. « Ce qui intéresse Donald Trump, ce n’est pas de gouverner, c’est de dominer. Quitte à remettre en cause tous les contrepouvoirs », alerte-t-il.