Une dérive est une déviation progressive et incontrôlée. Ses synonymes sont dévoiement, recul, dérapage, fausse route. Pourquoi ce mot ? Pour caractériser le sentiment existant en France selon lequel l’anglais serait le vecteur de la modernité, d’où l’utilisation croissante de la langue anglaise dans nos outils de communication, dans les universités, où un cursus en anglais serait synonyme d’excellence, dans la diplomatie ou les entreprises. Le français serait devenu ringard. 

Défendre le français, c’est croire à la diversité culturelle et linguistique, à une mondialisation qui ne se traduise pas par une hégémonie politique, économique, culturelle. Croire au multilinguisme, c’est croire à une mondialisation plus apaisée, respectueuse des identités de chacun.  

La francophonie reste attractive : elle n’est en danger que lorsque la France l’abandonne. Veut-on que notre langue devienne une langue morte ? C’est ce que l’Oxford English Dictionary a déjà entériné, en ne faisant plus entrer aucun mot français depuis un quart de siècle dans ses pages.

Corriger cette dérive, ce serait prendre exemple sur nos « cousins » québécois. Certes ils vivent dans un contexte nord-américain marqué par la culture anglo-saxonne. Mais la France ne vit-elle pas la même situation dans l’Europe d’aujourd’hui ? 

Peut-on espérer un mécanisme de correction pour se remettre dans le droit chemin ? Ceci impliquerait une prise de conscience individuelle et collective qui fait présentement défaut. À quand une Convention citoyenne ? À quand une loi sur le français, inspirée de celle en vigueur au Québec ? L’intelligence artificielle permet désormais des traductions simultanées en temps réel. Alors pourquoi renoncer à sa langue ?

Christian Philip, coprésident du Réseau international des Maisons des francophonies, pour « L’œil de Réforme »

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