Parfois l’Europe est comparée à la tour de Babel. Or elle est exactement le contraire de Babel puisque l’Union européenne compte vingt-quatre langues officielles auxquelles nous pouvons ajouter les langues régionales.

Une langue permet de s’exprimer, mais la linguistique nous a aussi appris que sa structure induit une façon de penser : on ne réfléchit pas de la même façon en français, en finnois ou en irlandais. Aux langues parlées en Europe, il faut ajouter des histoires singulières, des cultures particulières, des traditions, des habitudes et des recettes de cuisine spécifiques. L’Europe est un kaléidoscope qui conduit à la célébration des différences.

La diversité nous oblige à une entreprise de traduction, traduction au sens premier du terme pour comprendre les mots de l’autre, mais aussi traduction pour entrer dans la pensée et dans la logique de son interlocuteur. S’il est vrai que la place laissée à l’autre-différent-de-moi-même est le principal défi que l’éthique pose à notre humanité, l’Europe pourrait faire modèle. Ce sont nos différences qui nous distinguent des organismes babéliens, et c’est la diversité qui fonde la dignité humaine.

Le projet européen est difficile et la recherche d’un compromis pour définir une politique commune au lendemain des élections risque d’être longue et laborieuse, mais il n’est écrit nulle part que le plus simple doive être le plus vrai. Au-delà de toutes les lourdeurs de l’Union européenne, nous pouvons nous réjouir d’être les contemporains d’un projet si ambitieux et si riche en humanité.

Antoine Nouis, théologien, pour L’œil de Réforme