La peine d’inéligibilité prononcée contre Marine Le Pen pose la question de la relation entre la justice et la politique. Quand Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, commente cette condamnation en disant que « c’est la démocratie française qui est exécutée », il sous-entend que le verdict des urnes est plus important que l’application du droit. Dans de nombreux pays – aujourd’hui en Israël et aux États-Unis – les gouvernements font pression pour que la justice soit à leur service. Pour l’instant ces démocraties résistent, à la différence de la Russie et de la Turquie qui ont vu leur système judiciaire passer sous la coupe du pouvoir exécutif.

Un exemple biblique souligne la primauté de la justice. Le premier livre des Rois évoque un homme appelé Naboth, qui possède une vigne à côté du palais du roi Achab. Ce dernier lui propose d’acheter sa vigne mais Naboth refuse car, dit-il, cette vigne est l’héritage de ses pères et il ne veut pas s’en séparer. Achab est déprimé à cause de ce refus, ce qui conduit Jézabel, sa femme, à prendre les choses en main. Elle envoie des ordres au nom du roi pour que de faux témoins accusent Naboth et qu’il soit condamné à mort. Après son exécution, Achab peut récupérer la vigne. Il pense être arrivé à ses fins, sauf que Dieu envoie le prophète Élie pour dénoncer sa forfaiture (1 R 21).

La justice s’applique à tous

Il peut paraître étonnant que la Bible consacre un chapitre entier à ce forfait d’une banalité affligeante – quoi de plus commun pour un roi que de réquisitionner ce qu’il désire ? Dans n’importe quelle autre civilisation, cette histoire n’aurait pas mérité une ligne dans les chroniques royales. En contrepoint, on peut donner l’exemple de la bataille de Qarqar qui, en 853 avant Jésus-Christ, a réuni une coalition contre Salmanasar III, le roi d’Assyrie. Le même Achab a pris part à cette bataille majeure au sein d’une armée qui rassemblait 70 000 fantassins, 4 000 chars, 2 000 cavaliers et 1 000 chameliers… Mais la Bible n’en dit pas un mot ! Pour l’auteur du livre des Rois, le récit de la vigne de Naboth qui dit que la justice s’applique aussi au roi est plus important qu’une des grandes batailles de l’Antiquité.

Pour revenir à l’actualité, l’indépendance de la justice est le rappel qu’il y a des lois et des principes auxquels tous doivent se soumettre, même les élus. C’est vouloir la remettre en question qui est une exécution de la démocratie française.