Les crimes sexuels de Jeffrey Epstein ne suscitent que dégoût et désolation, inutile d’y revenir ici. Mais cette publication à intervalles réguliers de milliers de documents judiciaires déclassifiés devient au fil du temps une sorte de poison lent pour nos sociétés.
La transparence sur les méfaits d’Epstein est devenue un carburant politique explosif, mélangeant faits criminels avérés, voyeurisme et théories du complot. L’affaire n’est plus perçue comme un crime isolé mais comme la preuve d’un système de caste. Pour une partie de l’opinion, la perversité diabolique des plus hautes sphères dirigeantes est maintenant avérée.
Pendant des décennies, le silence a été l’allié des prédateurs. La transparence était alors une arme de libération et de justice. L’affaire Epstein marque le passage à une autre réalité, celle d’une « démocratie de la suspicion » où tout est potentiellement mensonge.
La transparence, au lieu de purger le système, a révélé une telle complexité de liens d’influence qu’elle a rendu la vérité presque inaudible sous le bruit du scandale et des manipulations. On ne cherche plus la vérité judiciaire mais la destruction de l’adversaire par l’association au sordide.
Face à ce déluge d’informations transparentes, notre devoir moral est de ne pas devenir des complices passifs du voyeurisme ou de la désinformation. La transparence est louable quand elle éclaire le chemin de la justice, mais elle est dangereuse quand elle brûle la pudeur et la présomption d’innocence. Précisons toutefois que la présomption d’innocence ne s’applique pas à Jeffrey Epstein, poursuivi dès 2008 puis inculpé en 2019.
Choisir ce que l’on regarde et ce que l’on refuse de consommer devient un acte moral. C’est à peu près ce que suggère l’apôtre Paul aux Éphésiens : « Que l’immoralité sexuelle, l’impureté sous toutes ses formes […] ne soient même pas mentionnées parmi vous » (Éph. 5,3).
Jean-Luc Mouton, journaliste, pour « L’œil de Réforme »
