Une fois de plus, l’Europe regarde l’Histoire se faire sans elle. Les frappes contre Téhéran et le Hezbollah libanais ont été décidées loin des capitales européennes, à Washington et Tel-Aviv. Les Européens ont été relégués à ce rôle désormais habituel : commenter, s’inquiéter et appeler à la désescalade.
Nos dirigeants doivent regarder la réalité en face, frustrante et humiliante. L’Europe n’est plus une puissance stratégique. Elle ne fut ni consultée ni impliquée dans la stratégie : simplement informée comme un partenaire secondaire, prévenu par courtoisie diplomatique. Car personne ne la considère plus comme un acteur capable d’influer sur le cours d’un conflit majeur.
Ce déclassement résulte d’un choix politique. Depuis 35 ans, l’Europe a fait le pari naïf d’un monde pacifié où la puissance militaire serait secondaire, privilégiant le commerce, les normes et la diplomatie. Tandis que les autres puissances ont investi dans la technologie militaire et la puissance stratégique.
Résultat : l’Europe invoque les règles internationales quand les autres jouent les rapports de force. Dans un monde redevenu brutal, notre naïveté se paie cher. Notre dépendance s’explique par le rôle de l’OTAN et le parapluie militaire américain, justifié par la confrontation avec l’Union soviétique.
Aujourd’hui cette architecture montre ses limites car Washington déplace ses priorités vers le Pacifique. L’Europe reste confrontée à une menace directe, la Russie, avec ce paradoxe saisissant : le continent le plus exposé militairement dépend le plus de la protection d’autrui.
Tant que l’Europe refusera de redevenir une puissance stratégique, les crises se décideront à Washington, Moscou et Pékin. Et elle continuera de faire ce qu’elle fait trop souvent : commenter l’Histoire au lieu de la faire.
Général de division (2s) Jean-Fred Berger, pour « L’œil de Réforme »
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