L’humanité s’est progressivement dotée de principes et d’institutions voués à garantir la vie commune. Pour circonscrire la violence, la justice a été substituée au cycle de la vengeance, les fondements du droit international ont été posés, et singulièrement celui de la « guerre juste ». Ces lentes avancées étaient toujours à la merci de forces contraires, ainsi que le XXe siècle l’a démontré tragiquement.
Pour autant, des hommes de bonne volonté ont repris le flambeau : création de l’ONU, Déclaration universelle des droits de l’homme, Cour européenne des droits de l’homme, Communauté européenne, etc. Et voici que, à nouveau, ces fragiles constructions sont menacées de toute part.
Trump affiche le plus grand mépris à l’endroit des institutions internationales qui, pour lui, ne constituent plus le lieu légitime des décisions, et à quoi il préfère les « deals ». Il pratique une ingérence éhontée, menace, punit, récompense selon son bon vouloir. Poutine, depuis des années, s’est affranchi de toute règle de droit : il bombarde, envahit, détruit et entend que tout règlement des conflits qu’il provoque entérine les situations créées par l’usage de la force.
Leurs émules ne sont pas en reste, de Javier Miléi qui détruit ses institutions à la tronçonneuse jusqu’à Viktor Orbán qui vilipende l’Union européenne. La France a aussi ses apprentis démolisseurs.
C’est d’un renversement total des valeurs et principes qui ont fondé nos démocraties qu’il s’agit, principes qui valent à ces dernières d’être honnies par leurs contempteurs. La force, militaire ou économique, veut s’imposer pour le malheur des peuples et le plus grand profit des nouveaux maîtres.
Fin de l’histoire ? Assurément non. Le faible, le fort ? L’enfant de Bethléem nous ouvre un autre chemin.
Jean-Marc Defossez, magistrat, pour « L’œil de Réforme »
