La guerre à grands pas. La technologie l’habille de frais, mais c’est toujours la même sinistre aventure, au couteau, dans la boue, que les hommes s’étripent et que les familles pleurent. Aujourd’hui, l’Europe a l’air d’un ilot de verdure où frémissent les souvenirs. A suivre l’attaque menée depuis quelques jours par Israël et les États-Unis, nombre de nos concitoyens redoutent que ce conflit, que l’on peut encore considérer comme régional, ne dégénère en troisième guerre mondiale. Fantasme ou réalité ? Le général protestant Jean-Fred Berger nous donne son point de vue.

« Je ne veux surtout pas jouer au visionnaire de la vingt-cinquième heure, mais je n’ai eu aucune surprise Avec le déclenchement de l’opération contre l’Iran des mollahs, car depuis plusieurs semaines j’étais convaincu que Trump allait passer à l’action, nous dit-il en préambule. Quand on sait que le déploiement de l’armada américaine dans le Golfe Persique et en Méditerranée coûte par jour 300 millions de dollars, on se doutait que cette force projetée n’était pas seulement destinée à de la figuration pour faire avancer des négociations avec Téhéran. »

Un précédent historique en mémoire

Un officier de haut rang peut-il voir aujourd’hui poindre le risque d’une guerre mondiale ? Le général de division (2S) Jean-Fred Berger, qui n’est pas homme à livrer ses états d’âmes en public, paraît en revanche serein face à l’offensive contre l’Iran déclenchée depuis deux jours par les USA et Israël. « Engagé dans la première guerre du Golfe (1990-1991), déclenchée après l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, je me souviens que l’opération militaire connue sous le nom de « Tempête du désert » eut au départ de quoi faire craindre un cataclysme : 150 000 soldats américains déployés au sol, ainsi que 40 000 britanniques et 17 000 français dans une coalition rassemblant trente pays. À l’époque, l’opération suscita de fortes inquiétudes : la Guerre froide venait tout juste de s’achever, et même si l’Union soviétique coopérait diplomatiquement avec les États-Unis dans la gestion de la crise, on redoutait que l’Irak n’emploie ses armes chimiques et que le conflit ne s’étende à l’ensemble du Moyen-Orient. »

Aujourd’hui, un équilibre stratégique différent

La situation stratégique actuelle diffère sensiblement de celle de 1991, si l’on en croit le général. En effet, les équilibres reposent sur un réseau d’alliances et de rivalités plus complexes, notamment à l’égard de l’Iran et d’Israël. L’alliance entre les États-Unis de Donald Trump et l’Israël de Benyamin Netanyahou devient l’élément central du dispositif de sécurité régionale, d’une part, les monarchies du Golfe, attaquées aujourd’hui par Téhéran, disposent de forces modernes, en particulier en aviation de combat et en défense antimissiles, qui peuvent compléter le dispositif militaire très puissant des États-Unis d’autre part. « Ajoutons que les campagnes de bombardements qui ont visé les sites stratégiques iraniens, menées voici quelques mois par les aviations US et israélienne ont déjà considérablement réduit la force de frappe iranienne, souligne encore notre expert. Je n’ai donc aucun doute que la puissance iranienne sera bientôt éradiquée. »

Un conflit régional sous contrôle des grandes puissances

La principale incertitude demeure à ses yeux le blocage du détroit d’Ormuz par des forces iraniennes résiduelles. « Les Iraniens tenteront de bloquer la zone par laquelle transitent 20% des ressources mondiales échangées, reconnaît le général Berger. Ils vont bien réussir à couler ou endommager quelques navires ; nous verrons les cours grimper de façon mécanique. Mais, là encore, je ne suis pas inquiet, convaincu que les Américains ne laisseront pas les prix du pétrole atteindre ou dépasser les 100 dollars le baril. D’ailleurs, outre la chasse israélienne, Ils ont utilisé leurs F18 et F35, leurs avions furtifs B2 et les missiles de croisière Tomahawks dans des frappes ciblées cherchant à épargner au maximum la population iranienne. Si nécessaire, ils engageront alors massivement leurs forces aéronavales ainsi que leurs bombardiers géants B52 capables de larguer de véritables tapis de bombes: ils anéantiront alors les dernières défenses navales et côtières de l’Iran, libérant le passage de l’or noir sans aucun problème. »

Entre risques énergétiques et incertitudes chinoises

La Russie de Vladimir Poutine semble totalement consommée par son effort de guerre contre l’Ukraine; de surcroît, ne disposant plus de base navale en Méditerranée, elle ne peut utilement intervenir au profit de l’Iran. Reste l’inconnue chinoise : on imagine qu’à Pékin l’opération américaine en cours au Moyen-Orient est suivie de manière très attentive, en particulier en raison des approvisionnements iraniens en pétrole nécessaires à la Chine.

« Il est certes possible que cette puissance politique et militaire en pleine expansion ne soit tentée de lancer sur Taïwan une tentative d’annexion en profitant de la diversion moyen-orientale, admet Jean-Fred Berger. Mais il faut, là encore, voir les choses avec réalisme. La stratégie de sécurité nationale des États-Unis prévoit la capacité de gagner un conflit majeur de haute intensité contre une grande puissance, et simultanément de dissuader ou contenir un second adversaire dans une autre partie du monde. Outre leur immense arsenal militaire, les États-Unis possèdent onze porte-avions nucléaires quand la Chine n’arme actuellement que trois ou quatre porte-avions, seulement à propulsion conventionnelle. »

Au prisme de ces analyses, la guerre déclenchée contre l’Iran depuis quelques jours ne comporte donc pas de véritable risque géopolitique majeur. Il est même permis et légitime d’espérer que le peuple iranien, soutenu par une diaspora réfugiée dans les pays occidentaux qui piaffe de regagner son pays d’origine, va parvenir à se libérer d’une dictature islamique épouvantable, qui persécute et torture à tour de bras. Mais, dans ce contexte, nul n’oublie que des vies humaines innocentes sont et seront hélas sacrifiées. Un général protestant reste général, un général protestant reste protestant : « A l’heure où l’histoire semble s’accélérer, rappelons-nous que Dieu reste souverain! » nous dit Jean-Fred Berger. Nul ne sait ni le jour, ni l’heure… de la paix. 

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