En frappant massivement l’Iran le 28 février, Donald Trump a engagé les États-Unis dans une guerre ouverte contre un ennemi intime. Ce faisant, il s’est défait d’une promesse de campagne rejetant les engagements dans des « guerres étrangères » et s’est mis en porte-à-faux avec sa base électorale acquise aux principes de l’America First. C’est dire l’importance d’une décision dont les risques ont été mis en avant par les plus hautes autorités militaires américaines.

Menées de concert avec Israël, ces frappes ont conduit à l’exécution du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a présidé aux destinées de l’Iran d’une main de fer depuis 1989, jusqu’à la répression sanglante des révoltes de cet hiver. Pour des États-Unis et un État hébreu voués aux gémonies par la République islamique depuis la révolution de 1979, ce moment qualifié d’historique a une portée cathartique.

Le « Grand Satan » américain venge un demi-siècle d’humiliations enracinées dans la prise d’otage du personnel de l’ambassade américaine de Téhéran par des révolutionnaires islamistes entre 1979 et 1981. Le « Petit Satan » israélien venge une litanie de discours appelant aux plus hauts sommets du régime islamique à son éradication du Moyen-Orient.

Reste que la mort d’un tyran que peu regretteront n’est qu’une victoire à la Pyrrhus dans le jeu d’échecs auquel s’adonnent les États-Unis et l’Iran. Le président du deal s’est retrouvé pris au piège de la politique de pression maximale mise en œuvre depuis son premier mandat pour oblitérer le programme nucléaire, le programme balistique et la politique régionale de l’Iran. Le risque de la stratégie du chaos qu’il a fini par déployer à ce titre est de plonger la région dans un chaos stratégique dont la population iranienne promet de souffrir durablement.

Sylvain Gaillaud, docteur en histoire, spécialiste des relations entre les États-Unis et l’Iran, pour « L’œil de Réforme »

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